Canadiens de Montréal vs Hurricanes de la Caroline : La logique de la saison régulière respectée
Après près de deux semaines à se dorer la pilule, les Hurricanes ont dû s'atteler à un défi de taille. Face à eux, les Canadiens de Montréal revenaient de deux séries exténuantes en sept matchs. Des épreuves et de l’adversité… les Habs en ont traversé ! Mais cela leur a coûté énormément d’énergie. Beaucoup trop d’ailleurs. Devant une équipe plus expérimentée, plus fraîche et animée par la hargne de briser enfin leur malédiction en finale de Conférence, Montréal a vu la série lui glisser sous les patins en cinq matchs. Les Canes ont simplement imposé leur rythme de jeu, leur vitesse d'exécution et leur intelligence collective.
6-2 pour Montréal ; 3-2 [P] pour Carolina ; 3-2 [P] pour Carolina ; 4-0 pour Carolina ; 6-1 pour Carolina.
Montréal, la surprise du premier match
Les Hurricanes n’étaient sûrement pas prêts et les Canadiens en ont profité pour leur infliger une véritable fessée. Un exploit réalisé devant le public de Raleigh – un détail qui a son importance, puisque les Canadiens n’ont plus gagné à domicile au Centre Bell depuis le 8 mai dernier.
Alors que les deux équipes affichaient des styles de jeu assez similaires, misant sur des transitions ultra-rapides pour surprendre l’adversaire, les Canadiens ont survolé la première période, et ils l'ont fait avec l’art et la manière. Complètement déboussolés, les Canes étaient introuvables et enchaînaient les erreurs défensives, peinant à se replier après leurs poussées en zone offensive. Cela confirmait sûrement les craintes d’une trop longue période de doigts de pieds en éventail. Les Habs se sont ainsi retrouvés à plusieurs reprises seuls face à un Frederik Andersen, le gardien, désemparé. C’est de cette façon que la Caroline a cédé devant Ivan Demidov et Phillip Danault, auteurs de deux échappées exécutées dans les règles de l’art. Les Hurricanes se sont montrés très agressifs, mais se sont fait prendre à leur propre jeu.
Le troisième centre des Habs, Phillip Danault, et ses ailiers, Juraj Slafkovsky et Alex Newhook, se sont largement démarqués : le premier a enregistré un but et une mention d'aide, le second s'est offert un doublé et une passe décisive, tandis que le troisième a noirci la feuille de pointage avec un but et une assistance. Le tout jeune défenseur star, Lane Hutson, ne cessait de se réinventer pour esquiver les charges intempestives de l'adversaire - et ce d'ailleurs tout au long de la série.
Le Français, Alexandre Texier, n’était pas en reste non plus. Avec son but en première période – un superbe effort individuel qu'il a lui-même débloqué en zone offensive –, il est devenu le joueur français le plus prolifique de l'histoire en séries éliminatoires, surpassant un certain Pierre-Édouard Bellemare ! Le vétéran de 41 ans, qui a disputé 10 saisons en LNH – chez les Golden Knights de Vegas, les Flyers de Philadelphie, l'Avalanche du Colorado, le Lightning de Tampa Bay et le Kraken de Seattle pour sa dernière révérence –, avait accumulé 15 points en 85 matchs de séries. Texier, lui, vient de scorer son 16ème point en seulement 36 petits matchs de playoffs.
Sur cette première période, les Canadiens étaient parfaitement organisés pour attaquer et défendre, appliquant à la lettre le système de Martin St-Louis. Si cette discipline n’a duré que 20 minutes – Montréal n’a obtenu que trois tirs cadrés en seconde période et six en troisième –, cela a suffi pour faire douter les Canes. En fin de match, bien que les forces se soient équilibrées, les Canadiens n'avaient pas encore flairer que l'ouragan était sur le point de traverser leurs lignes.
La domination des Hurricanes et le système Brind'Amour
Une seule défaite lors de leurs 13 derniers matchs de séries : les Canes ont tout écrasé sur leur passage. Pourtant, cette finale de la Conférence Est était chargée d’enjeu et de tension pour la troupe de Rod Brind’Amour. La dernière fois que la Caroline avait atteint la finale de la Coupe Stanley remontait à 2006 ! Depuis, l'équipe traînait une lourde malédiction : quatre apparitions en finale de Conférence depuis 2019, et quatre éliminations crève-cœur sans jamais décrocher le moindre ticket pour l'étape ultime.
Cette saison, l’état d’esprit est radicalement différent. S'il a fallu se remettre dans le bain lors du premier match, les Canes ont rapidement rappelé qui étaient les patrons. Le secret de cette résurgence réside dans le fameux dogme de Rod Brind'Amour : un conditionnement physique irréprochable et un style de jeu basé sur une pression étouffante où aucun joueur ne s'accorde de répit. Dès le match 2 et impeccable défensivement, la Caroline a dicté le tempo, verrouillé la zone neutre et étouffé les velléités montréalaises.
Les matchs 2 et 3 se sont joués au bout du suspense en prolongation, mais la fatigue accumulée par les Habs lors des tours précédents a fini par peser lourd. Usés par les minutes à répétition, les joueurs de Montréal ont commencé à patiner dans le vide, cherchant des fantômes sur le banc plutôt que de trouver le fond du filet. Sur les cinq matchs, les Habs n'ont comptabilisé que 89 tirs cadrés contre 167 pour les Canes. Complètement épuisés, ils ont fini par capituler lors des matchs 4 et 5, subissant des revers cuisants (4-0 et 6-1).
Une profondeur étouffante et des moments de tension
Si les stars des Hurricanes font lever la foule, c'est leur profondeur de banc qui a fini d'achever les Canadiens. Des joueurs de l'ombre comme Logan Stankoven – encore lui, il connaît par ailleurs bien les finales de Conférence puisqu'en trois années en NHL, il les a toujours disputé – ou l'impact physique d'Eric Robinson ont épuisé la défensive montréalaise en dictant un rythme qu’elle n’a pas pu soutenir sur les troisièmes et quatrièmes trios. Sur la deuxième ligne, le patron, Taylor Hall, et son apprenti, Jackson Blake, totalisent à eux deux 10 buts et 21 passes décisives, assiégeant les cages de Jakub Dobeš.
La frustration a d'ailleurs fini par déborder du côté des Habs. Généralement calme, Alexandre Texier s'est rendu coupable d'un geste très vilain, assénant un coup de bâton directement dans l’entrejambe d’un joueur des Canes. Un geste de frustration qui symbolise parfaitement l'impuissance de Montréal face au rouleau compresseur de la Caroline.
L'hommage de Frederik Andersen à Claude Lemieux
Au-delà de la glace, une vive émotion flottait au-dessus de la franchise de la Caroline. La série a été marquée par la triste nouvelle du décès de Claude Lemieux – quatre Stanley Cup avec trois équipes différentes, un trophée Conn-Smythe et autres récompenses, un grand monsieur. L'ancien joueur robuste, qui agissait également comme agent de joueurs, gérait notamment les intérêts du gardien des Hurricanes, Frederik Andersen. Très touché par la perte de son mentor et ami, Andersen a puisé dans cette douleur une force incroyable, signant notamment un jeu blanc magistral lors du match 4 pour propulser les siens vers la finale de la Coupe Stanley. La logique a été respectée, et les Canes volent désormais vers leur destin.
Avalanche du Colorado vs Golden Knights de Vegas : La malédiction du Trophée des Présidents a encore frappé
C’est l'immense surprise de cette finale de la Conférence Ouest ! Ils étaient pourtant nombreux à voir l’Avalanche tout avaler sur son passage jusqu’au grand rendez-vous de la finale de la Coupe Stanley. Certains les imaginaient même soulever le précieux sésame et narguer la célèbre malédiction qui escorte le vainqueur du Trophée des Présidents, cette récompense qui couronne la meilleure organisation de la saison régulière.
Mais en sport, la logique linéaire n'existe pas. Des outsiders peuvent éclore au printemps et s’imposer comme les nouveaux favoris. C’est exactement le scénario auquel ont assisté les partisans du Colorado. Certes, on savait les Golden Knights redoutables et l'Avalanche affaiblie par l'infirmerie. Mais qui aurait pu anticiper un sweep – un balayage en règle – des Golden Knights ?
Quatre matchs, quatre victoires sans contestation (4-2, 3-1, 5-3, 2-1) pour Vegas qui décroche ainsi son billet pour la finale de la Coupe Stanley. Les Golden Knights ont fait bien plus que gagner : ils ont prouvé qu’ils n’acceptaient rien d’autre que la victoire. L’état d’esprit pugnace d’une jeune franchise – nb. fondée en 2017 – qui a les crocs.
Là où l’Avalanche a tout perdu
En fait, le constat est assez simple : l’Avalanche n’a pas su répondre présent au moment le plus crucial de l'année. Il faut dire que le sort ne les a pas aidés, leur plus grande bête noire ayant été une avalanche – c'est le cas de le dire – de blessures touchant des piliers de l’alignement.
Le défenseur étoile de la franchise, Cale Makar, a d'abord dû rater les deux premières rencontres de la série. Déjà touché au haut du corps en fin de saison régulière, son cas ne s'est pas arrangé après avoir subi une lourde charge de l'attaquant du Wild du Minnesota, Marcus Foligno, lors du premier match du deuxième tour, puis une autre de Mats Zuccarello, lors du match 5 de cette même série. Visiblement souffrant et moins à l'aise sur la glace, Makar a terminé la série face à Vegas avec une épaule, un bras et une hanche sûrement amochés. Elliotte Friedman, l'analyste de la LNH, a d'ailleurs révélé dans son podcast « 32 Thoughts » que cette blessure serait « assez significative », au point que certains craignent déjà de voir Makar rater le début de la prochaine saison.
À cela se sont ajoutés les pépins physiques de Nathan MacKinnon. Après avoir dominé le début des séries, le pivot canadien a figé la foule lors du match 3 en s'effondrant sur la glace. Il venait de recevoir un slapshot du défenseur de Vegas, Shea Theodore, directement dans le genou droit. S'il a refusé de quitter le jeu pour ce match et le suivant, la douleur était bien réelle.
En plus de ses deux stars, l'infirmerie du Colorado comptait aussi des joueurs clés diminués comme Valeri Nichushkin – blessé bas de corps au deuxième tiers du match du 24 mai dernier –, Artturi Lehkonen – a manqué les matchs 4 et 5 du deuxième tour face au Wild en raison d'une blessure au haut du corps, il a manqué une semaine –, Brent Burns – qui a manqué des entaînements, mais aucun match, puisqu’il n’en manque jamais un… –, Sam Malinski ou encore Josh Manson.
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Pour résumer la série, Colorado a été incapable de générer de l'attaque face au système défensif des Golden Knights. Même privées de leurs supervedettes, les lignes de Jared Bednar possèdent assez de profondeur pour produire des points. Et les Avs n'ont jamais trouvé la solution pour rester agressifs et compétitifs sur 60 minutes.
Sur les quatre matchs, Colorado a pourtant dominé trois fois au chapitre des tirs cadrés. Mais le réalisme n'y était pas : seulement 7 buts inscrits contre 14 pour Vegas. Si l'on retire MacKinnon de l'équation, le top 6 offensif a été fantomatique. Le powerplay, si brillant en saison régulière, s'est écrasé avec un maigre 2 en 10 sur la série. Même lors du match 3, entamé en fanfare grâce aux buts du quatrième centre Jack Drury, du capitaine Gabriel Landeskog et du vétéran Nazem Kadri, l’Avalanche a sombré. Les Golden Knights ont répliqué avec cinq buts sans jamais recevoir de réponse. Devant le filet, le Canadien de 33 ans, Scott Wedgewood, a lui aussi connu une série en demi-teinte, affichant des pourcentages d’arrêts erratiques (.889, .917 et .818).
Les Vegas Golden Knights plus costauds, tout simplement
Il faut dire que les Knights ont sorti leur grand jeu au meilleur moment. Pourtant privés de leur capitaine, Mark Stone, pour les deux premières confrontations, Vegas a fait preuve de résilience.
On a notamment vu l'apport immense de Mitch Marner. Arrivé sous les projecteurs, l'attaquant a prouvé que les déboires passés de Toronto ne venaient pas de lui : libéré d'un poids, il a été un chef d'orchestre en zone offensive. Il ne cesse de s'imposer comme véritable pointeur et scoreur – 21 points à la fin de cette série dont sept buts. La rumeur veut qu'il serait le favori pour recevoir le Conn-Smythe. À ses côtés, les attaquants russes, Ivan Barbashev et Pavel Dorofeyev, ont été un poison constant, avec leurs déjà 12 et 14 points respectivement en séries cette saison.
Derrière le banc, le travail de John Tortorella porte ses fruits aussi. « Torts » a su faire faire corps à cette équipe. Les Golden Knights affichent l’état d’esprit d’une équipe qui a la gagne. Pour l’entraineur, c’est aussi très excitant visiblement, d’être en finale. Surtout que ce coach de 67 ans n’est à Vegas que depuis le 29 mars seulement ! Son sentiment au micro de RDS : « C’était chaotique il y a quelques semaines, mais je pense qu’ils m’ont bien accepté. Ils me comprennent mieux, et moi je les comprends mieux aussi. »
Place à la finale
LAS VEGAS GOLDEN KNIGHTS vs CAROLINA HURRICANES :