Dusan Brincko vient d’achever la saison 2025-2026 à la tête des Sangliers Arvernes du Hockey Clermont Communauté Auvergne (HCCA). Avant de revenir sur les raisons de son départ après une seule saison, nous avons souhaité dresser avec lui le bilan de ces huit mois passés en Auvergne. L’occasion également d’évoquer sa vision du hockey français, enrichie par son expérience en Slovaquie et par ses nombreuses années passées dans l’Hexagone.
HH : Dix ans après ton premier passage, tu faisais ton retour en Auvergne. Comment as-tu retrouvé cette équipe, tant sur le plan humain que sportif, même si seuls deux joueurs étaient encore présents depuis ton précédent séjour ?
DB : C’était forcément très différent. Nous étions face à une autre génération, avec une autre manière d’aborder le travail. J’ai connu des groupes professionnels comme amateurs, et les jeunes joueurs d’aujourd’hui réagissent parfois différemment. Certains acceptent moins facilement les remarques lorsqu’elles sont formulées de manière directe. Il faut savoir les valoriser quand les choses vont bien, mais aussi leur faire comprendre leurs erreurs.
Dans l’ensemble, cela s’est bien passé. Il est difficile d’être trop exigeant quand on sait que la plupart arrivent à l’entraînement après une journée de travail. J’ai trouvé un groupe avec un bon état d’esprit et surtout une excellente cohésion. C’est essentiel : quand les joueurs vivent bien ensemble, savent se parler franchement et avancer dans la même direction, cela se ressent sur la glace. C’est souvent ce qui permet de faire la différence.
HH : Et concernant le club et son environnement ?
DB : J’ai trouvé des dirigeants très investis. Le président Jean-Marc Gonnet, comme Cyrille Gaby ou Alexis Chamerlin, s’impliquent énormément dans la vie du club. Lors de mon premier passage, Pierre Dupasquier était lui aussi engagé, mais le fonctionnement était différent.
Aujourd’hui, grâce notamment aux nouveaux moyens de communication, tout est plus réactif. Jean-Marc est très présent, notamment auprès des partenaires et dans l’animation du salon VIP. Bien sûr, les moyens financiers restent limités. Cela nous a empêchés d'avoir la possibilité de recruter des joueurs français d'expérience et de disposer de meilleures conditions de déplacement.
Malgré cela, le club a fait le maximum avec les ressources dont il dispose. Je sais qu’il n’est pas facile d’attirer de nouveaux partenaires dans une ville qui compte déjà plusieurs structures sportives performantes et où l’équipe de hockey évolue régulièrement dans la seconde moitié du classement. Mais les Auvergnats sont des travailleurs et le club progresse. L’affluence est bonne et le potentiel est réel.
À titre de comparaison, la saison dernière à Nice en Ligue Magnus (Nice Club où Dusan officiait dans l'organisation du hockey mineur la saison précédente), nous attirions moins de spectateurs qu’à Clermont.
HH : Qu’as-tu voulu apporter en priorité à cette équipe ?
DB : Avant tout un état d’esprit. Je voulais construire un groupe uni, qui vive bien ensemble. Ensuite, davantage de rigueur et d’exigence dans le travail quotidien. Les joueurs devaient comprendre qu’on ne gagne rien sans investissement et sans discipline.
HH : Penses-tu avoir atteint cet objectif ?
DB : Pas complètement. Il faut garder à l’esprit que la majorité des joueurs travaillent en journée. Ce sont des contraintes importantes. On ne peut pas comparer ce groupe à celui de 2015-2016, qui comptait plusieurs joueurs expérimentés, des renforts habitués à un niveau supérieur, sans oublier des joueurs comme William Mouly ou Antoine Vigier, 2 joueurs ayants une grosse expérience avec le haut niveau, donnant un certain leadership à l’équipe. Le contexte était différent.
HH : Quelle est ta plus grande satisfaction cette saison ? Le retour en play-offs, l’intégration des jeunes, la mise en place d’un système de jeu ou encore l’évolution des mentalités ?
DB : Honnêtement, un peu tout cela à la fois. Entre le début de saison et la période qui a suivi Noël, nous avons beaucoup progressé. Le meilleur exemple reste notre victoire contre Montpellier, alors deuxième de la poule, à Clermont fin janvier.
En revanche, notre manque de régularité dans l’application du plan de jeu nous a coûté quelques places au classement. Je suis également fier du travail réalisé avec Robert Pospicil et Mickaël Valarcher pour intégrer les jeunes. Nous leur avons donné leur chance et plusieurs d’entre eux ont su la saisir pleinement.
HH : Si tu étais resté, quelle aurait été la prochaine étape de ton projet ?
DB : J’aurais voulu poursuivre le travail engagé sur notre système de jeu et obtenir encore plus de régularité dans les efforts. Les joueurs comme les gardiens ont parfois connu des passages où ils étaient moins impliqués. Je leur répétais souvent que les résultats dépendent avant tout de leur investissement. Mais encore une fois, je sais que ce n’est pas simple quand on doit concilier hockey et vie professionnelle.
HH : Ton départ est lié à des raisons personnelles et familiales. Tu confirmes qu’il n’y a eu aucun différent avec les dirigeants, qui souhaitaient d’ailleurs te conserver ?
DB : Oui, absolument. Il n’y a jamais eu le moindre problème.
HH : Ton successeur, Sébastien Oprandi, a pris contact avec toi et a salué la qualité de ton travail. Cette démarche t’a-t-elle touché ?
DB : Bien sûr. Nous nous connaissons et c’est une démarche naturelle dans le hockey. Lorsqu’un club recrute un joueur, il contacte souvent son précédent entraîneur. Le monde du hockey est relativement petit et tout le monde se connaît plus ou moins. C’est toujours agréable lorsqu’une personne reconnue dans le milieu sollicite ton avis.
HH : Après plusieurs expériences dans les clubs français, quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’évolution du hockey en France ? Quelles différences vois-tu avec la Slovaquie ?
DB : Le hockey français souffre toujours du même problème : le manque de glace. Dans les différents clubs où j’ai travaillé, que ce soit en Ligue Magnus ou en Division 2, le constat reste le même. Les enfants n’ont pas suffisamment d’heures d’entraînement ni assez de matchs.
C’est une différence majeure avec la Slovaquie, où les jeunes disputent souvent deux rencontres par week-end. Deux ou trois entraînements hebdomadaires ne suffisent pas pour progresser au plus haut niveau.
Je suis conscient qu’en France, les patinoires doivent également accueillir le patinage artistique, la danse sur glace, les séances publiques ou scolaires. À Clermont, ces disciplines occupent une place importante et leurs pratiquants bénéficient parfois de davantage de temps sur glace que les hockeyeurs.
En Slovaquie, la saison est plus concentrée sur l’hiver. L’activité est plus courte mais beaucoup plus intense. Dès le printemps, nous préparons la saison suivante avant de basculer sur le travail physique. En France, les tournois de jeunes se prolongent parfois jusqu’en mai ou juin. C’est une approche différente.
La bonne nouvelle pour Clermont, c’est que le club dispose d’équipes en U15, U18 et U20. Grâce aux surclassements, les jeunes jouent quasiment chaque week-end. Ce n’est malheureusement pas le cas partout. Dans certains clubs, les effectifs sont trop réduits. À Nice, par exemple, nous avions dû nous associer avec Toulon pour former une équipe U18 et il n’y avait pas de U20.
HH : Que penses-tu du partenariat entre Clermont et Lyon pour le prêt de jeunes joueurs sous licence bleue ?
DB : C’est une bonne initiative. Cela offre une perspective supplémentaire aux jeunes Clermontois qui peuvent rêver d’évoluer un jour en Division 1. Cela peut aussi attirer des espoirs d’autres clubs.
Il faudra toutefois bien gérer certains aspects. Des joueurs lyonnais en manque de temps de jeu peuvent venir renforcer Clermont et prendre ponctuellement la place de joueurs locaux. Cela peut créer quelques frustrations. Les entraîneurs devront beaucoup communiquer afin d’expliquer qu’il est parfois préférable de jouer davantage à un niveau inférieur pour continuer à progresser.
HH : Vas-tu poursuivre dans le hockey en Slovaquie ? Et peut-on imaginer un retour en France dans les prochaines années ?
DB : Aujourd’hui, la situation est ce qu’elle est. Trouver un poste en Slovaquie n’est pas toujours simple, car le relationnel joue un rôle important. Mais je souhaite continuer dans le hockey.
Je garde un excellent souvenir de mon passage en Auvergne. J’ai entretenu de très bonnes relations avec les dirigeants et certains joueurs sont devenus des amis. Un retour en France n’est jamais impossible, mais ce n’est pas d’actualité.
HH : Un dernier mot pour les supporters des Sangliers Arvernes ?
DB : Je tiens à remercier tous ceux qui nous ont soutenus tout au long de la saison. Ils ont vu les progrès réalisés et c’est toujours une grande satisfaction pour nous. Quand on pratique un sport, on le fait aussi pour offrir du plaisir aux spectateurs.
J’ai été particulièrement heureux de retrouver les supporters clermontois. Ils étaient moins nombreux lors de mon premier passage, il y a treize ans, puis leur nombre n’a cessé de grandir jusqu’au titre de 2016. Cette saison encore, ils ont répondu présents.
Je souhaite le meilleur au club, à toutes les personnes qui y travaillent et à l’ensemble des supporters. Les Auvergnats sont des gens attachants et fiers de leur équipe. Je remercie tout le monde une nouvelle fois et je souhaite bonne chance au club ainsi qu’à mon successeur.
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| © Crédit Photo Gaëtan Boucheret |
| Equipe des Sangliers Arvernes 2025/2026 (Début de saison) |
HH : Merci Dusan pour cet entretien. Nous te souhaitons le meilleur pour la suite de ta carrière et espérons te voir rapidement saisir une belle opportunité dans ton pays.