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Hockey sur glace - NHL - National Hockey League
Comment Mario Lemieux est devenu la plus grande légende des Penguins de Pittsburgh
 
L'histoire de la NHL regorge de légendes incroyables. Celle-ci raconte l'ascension de l'un de ses plus grands héros. Un Canadien dont le nom est resté accolé à celui d'une seule franchise au fil des années, pour qui il a concédé bon nombre de sacrifices. Cette histoire, c'est celle de la lune de miel entre les Penguins de Pittsburgh et le joueur qui les a menés vers les sommets : Mario Lemieux.
 
MSL, Hockey Hebdo Guillaume Rantet le 25/09/2015 à 17:00


14 mars 1984. Sous les couleurs des Voisins de Laval, un jeune prodige dispute le dernier match de la saison de Ligue de Hockey Junior Majeur du Québec (LHJMQ). Son nom : Mario Lemieux. Ce dernier n'a que dix-neuf ans, mais une solide réputation lui colle déjà aux patins. Et pour cause : il vient de frapper fort dans l'histoire de la Ligue, affole les compteurs, et attire bien des regards. Avec 127 buts à son actif, le petit Mario a prouvé qu'il était prêt pour rejoindre la cour des grands. Avant même cette dernière soirée, le natif de Montréal a dépassé le record de 251 points sur une saison détenu par Pierre Larouche, et souhaite clôturer son passage dans la ligue en s'en offrant un autre, soit dépasser les 130 buts de son idole d'enfance : Guy Lafleur.


Ce soir-là, les spectateurs le savent : Mario Lemieux a inscrit 127 buts depuis le début de la saison, et a une dernière chance pour s'offrir le record de la légende du Canadien de Montréal. Ses adversaires, les Chevaliers de Longueuil, ne l'entendent pas ainsi. Problème : il leur inscrit deux buts dès les deux premières minutes de jeu. Deux réalisations suivies de quatre autres, qui lui permettent d'atteindre son objectif. Et d'en faire encore davantage, la nouvelle star du hockey nord-américain. En plein match, Wayne Gretzky, qui brille en NHL depuis 1979, descend des gradins saluer le Québécois, lequel finit la rencontre avec onze points et sa dernière année d’éligibilité en LHJMQ avec 282 points, dont 133 buts et 149 passes. De quoi faire rêver la franchise détentrice du prochain premier choix de la draft...

Le premier tour de piste de « Super Mario »
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Penguins NHL
Super Mario


Durant la même saison, en NHL, Eddie Johnston, le coach des Penguins de Pittsburgh, n'avait pas vraiment envie de se battre pour glaner quelques victoires. Le statut de pire équipe de la ligue, il cherchait même à l'obtenir. Son objectif : récupérer la pépite de Laval, qu'il avait même supervisée en personne. Pour cela, il s'adonnait clairement à l'art du « tanking », soit déjouer volontairement pour tirer le gros lot à la draft. La preuve : durant la saison régulière, il envoie son gardien Roberto Romano en équipe mineure, et espère ainsi voir ses propres filets trembler. Résultat : les « Pens » font office de plus mauvais élève de la NHL, obtiennent le first pick, et Mario Lemieux prend la direction de la Civic Arena de Pittsburgh.

L'élu de Montréal, dont les premiers pas sont très attendus, répond une fois de plus aux attentes. Et ce très rapidement. Au Boston Garden, dès sa première entrée sur la glace face aux Bruins, il contre un tir de Raymond Bourque, avant de s'offrir un premier but en trompant Pete Peeters. Une fabuleuse prémonition. Rebelote lors de son premier match à domicile : après dix-huit secondes de jeu, les Canucks de Vancouver encaissent sa deuxième réalisation puis le voient tomber les gants et mettre au tapis Gary Lupul. Dès lors, la ligue possède un nouvel héros, qui devient le premier rookie à être désigné MVP du All-Star Game, ponctue son exercice avec 100 points et 43 buts, et remporte logiquement le trophée Calder.

L'ascension de celui que l'on commence à appeler « Super Mario » ne fait que commencer. La saison suivante, il devient le dauphin de Wayne Gretzki en inscrivant 141 points, alors que ce dernier affole les compteurs (215 points). Lemieux ne tarde pas non plus à briller avec sa sélection nationale : lors de la Coupe Canada de 1987, il inscrit onze buts en neuf matchs et son total de dix-huit points n'est battu que par l'inévitable Wayne Gretzky (21). Avec ces deux hommes, le pays à la feuille d'érable remporte la compétition aux dépens de l'URSS. Avec ces deux hommes, le Canada dispose de deux des plus grands joueurs de l'histoire du hockey dans ses rangs. Mario Lemieux vient de découvrir le goût de la victoire, une saveur pour laquelle il se battra durant une vingtaine d'années.

Lemieux en mieux
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Penguins NHL
Lemieux et la Coupe stanley


L'arrivée de Mario Lemieux a insufflé un nouvel espoir à Pittsburgh. Là où les spectateurs se désintéressaient de plus en plus d'une franchise en perte de vitesse, il a véritablement créé un nouvel élan. Résultat : la fréquentation de la Civic Arena passe de 6 839 personnes par match à 10 018 lors de son année rookie. La crainte de voir l'équipe quitter la ville se dissipe. Puis l'élève dépasse le maître : lors de la saison 1987-1988, Mario Lemieux devance Wayne Gretzky au trophée Art Ross du meilleur pointeur (168 points, soit 19 de plus que son dauphin). Un récompense qu'il remportera pas moins de six fois durant sa carrière. Le titre de MVP de la saison, le trophée Hart, lui est aussi remis. Il le touchera à trois reprises.

Mario Lemieux débute une période faste en récompenses individuelles. Sur sa lancée, il réalise sa saison la plus prolifique lors de l'exercice 1988-1989. Avec 85 buts, 114 passes, et un total de 199 points. Des fulgurances qui auraient pu faire de lui le second joueur de l'histoire à avoir inscrit 200 buts en saison (après Wayne Gretzky) et au milieu desquelles il a épaté la galerie en inscrivant un but dans cinq configurations différentes. C'était le 31 décembre 1988, « Super Mario » marquait à égalité en termes de nombres joueurs, en supériorité numérique, en infériorité numérique, sur un tir au but et dans un but vide. Conséquence de ses exploits : les Pens retrouvent les playoffs pour la première fois depuis 1982. Ils tombent finalement au second tour face aux Flyers de Philadelphie.

Le Québécois a réussi à redresser le bateau de Pittsburgh. Mais il est rattrapé par un corps capricieux, par son dos, qui le gênera énormément durant le reste de ses années sur la glace. Lors de la saison 1989-1990, il manque à l'appel à l'occasion de 21 rencontres. Pittsburgh rate les playoffs, l'occasion de passer sur le billard, et de soigner une hernie discale qui l'écarte de la compétition durant les 50 premiers matchs de la saison suivante. Pas de quoi abattre pour autant « Le Magnifique », dont la consécration est proche. Très proche.

« Le Magnifique » au sommet de sa splendeur

Si Mario Lemieux est devenu un modèle d'abnégation, c'est parce qu'il s'est construit une incroyable carrière malgré des problèmes de santé récurrents. De nombreux moments de souffrance, qu'il a surmontés avec toujours le même objectif en guise d'obsession : faire gagner Pittsburgh en brillant, et ainsi accomplir la destinée à laquelle il était promis. Après avoir disputé seulement 26 matchs de saison régulière avec les Pens, il prend les rênes de l'équipe lors des playoffs. Score 44 points en 23 matchs ponctués par le Graal dont il rêvait tant : la Coupe Stanley. Les North Stars du Minnesota s'inclinent 4-2 dans la série. Absent durant la troisième manche, il a serré les dents pour que son dos ne gâche pas le parcours de sa franchise. Et le résultat est là : les Pens ont gagné le premier titre de leur histoire, et Lemieux le titre Conn Smythe de meilleur joueur des séries.

La saison suivante, son dos défaillant l'oblige à laisser seuls ses coéquipiers durant treize matches, mais pas à remporter un troisième titre de meilleur pointeur, grâce à 131 points en 64 matchs. L'histoire se répète. La qualification en playoffs. Des soucis physiques (la crosse d'Adam Graves, des Rangers de New York, lui brise le poignet et l'écarte de la glace durant cinq matchs). Des performances cruciales (34 points qui lui vaudront un deuxième trophée Conn Smythe). Mais cette fois, la victoire finale est écrasante. Les Blackhawks retournent illico presto à Chicago. 4-0. Les pensées des joueurs vont directement à Bob Johnson, le coach qui a dû laisser la main à l'intérimaire Scotty Bowman à cause d'un cancer qui l'a emporté en novembre 1991.

Une maladie dont la star des Pens recroise malheureusement vite la route. En janvier 1993, le médecin de l'équipe découvre ainsi une petite bosse dans son cou. La triste nouvelle tombe : Mario Lemieux est atteint de la maladie de Hodgkin. Il s'ensuit un traitement qui le contraint à deux mois d'indisponibilité, et lui permet heureusement de vaincre la maladie. Lors de son retour face aux Flyers de Philadelphie, il inscrit un but et distribue une passe décisive. Si son équipe s'incline au second tour des playoffs, il a réussi à surmonter cette épreuve et à glaner un nouveau trophée Art Ross grâce à ses 160 points, ainsi qu'un autre trophée Hart. En cette fin de millénaire, si les Pens n'arrivent plus à rejoindre les finales (ils réussissent seulement à se hisser en finales de conférence en 1996), Lemieux, lui, peine à dompter son dos tout en continuant à remplir son armoire de trophées (un trophée Art Ross et un trophée Hart en 1996, un trophée Art Ross en 1997).
Avant de dire stop, à 31 ans, une première fois.

Le retour du roi
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nbc sports
Lemieux avec Crosby


Septembre 1997. Mario Lemieux entre au Hall-of-Fame, sans avoir dû attendre les trois ans habituellement de rigueur entre la fin de la carrière d'un joueur et son intronisation, donc. Celui qui peut déjà revendiquer une place dans le top 5, voire le top 3 des meilleurs joueurs de l'histoire, est alors le sixième meilleur pointeur All-Time, avec 1 494 points. Il garde toutefois un œil attentif sur sa franchise de cœur. Une franchise qui va mal : en 1999, les Penguins sont ruinés, et la possibilité d'un déménagement vers Portland est de plus en plus évoquée. « Super Mario » décide d'agir. D'abord, en devenant propriétaire majoritaire de l'équipe, ce qui en fait le premier ancien joueur de NHL à obtenir ce statut, puis en rechaussant les patins en décembre 2000. A 35 ans, Mario Lemieux se fait « proprio-joueur », pour le plus grand plaisir des fans des Pens. Dès son premier match face aux Leafs de Toronto, il inscrit un but et réalise deux assists. Les stats de son come-back : 35 buts et 41 passes en 43 matchs. Pittsburgh retrouve les finales de conférence mais s'incline face aux Devils du New Jersey (4-1).

Pour marquer une nouvelle fois l'histoire de son sport, Mario Lemieux assume pleinement le rôle de capitaine que lui confie Wayne Gretzky, devenu directeur général de la sélection canadienne, lors des JO de Salt Lake City, en 2002. Pour la première fois depuis 50 ans et les Jeux d'Oslo, le Canada décroche l'or. Les Penguins, eux, n'arrivent plus à se qualifier en playoffs. Lemieux tire sur une corde déjà bien usée et souffre de la hanche. Il réussit tout de même un exercice à 67 matchs, 91 points, 63 passes et 28 buts lors de la saison 2002-2003. Mais  l'exercice suivant, « Super Mario » n'avance plus. Il ne peut disputer que dix petits matchs. Puis arrive le lock-out, et un nouveau premier choix de draft pour les Pens grâce à la fortune du tirage au sort. Un nouvel élu considérablement attendu arrive à Pittsburgh. Son nom : Sidney Crosby. Durant 26 rencontres, ce dernier peut grandir aux côtés de la légende vivante, chez qui il crèche en attendant de trouver un logement. Avant que le maître cède la place à l'élève en janvier 2006, en annonçant sa retraite. Définitive, cette fois.

Avec Sidney Crosby dans les rangs de sa franchise, Mario Lemieux savait qu'il pouvait enfin passer le flambeau tout en ayant l'esprit tranquille. Après deux décennies de bons et loyaux services émaillés de graves blessures, de longues périodes d'indisponibilité, de titres et de plusieurs come-back, « Super Mario » tirait sa révérence. Il restera dans l'histoire comme ce joueur au talent inné, au physique impressionnant et qui, du haut de son mètre 94, pouvait aussi bien faire trembler les filets que distiller une merveilleuse passe à ses coéquipiers. S'il n'a pu disputer que 915 matchs de NHL, il a marqué de son empreinte l'histoire de la ligue des années 80/90 comme très peu. Surtout, il a placé à jamais le nom de Pittsburgh sur la carte. À deux reprises consécutives. Aussi, il a volé à la rescousse des siens quand ils en avaient le plus besoin. D'une fidélité rare et d'un amour profond envers les Pens, Mario Lemieux sait l'image qu'il veut léguer à la postérité. Celle de « quelqu'un qui a pris sous son bras la dernière équipe de la ligue et a remporté un titre avec. » Chapeau, Mario !

 
 
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