La conférence de presse grenobloise, qui se déroulait, ce jeudi, dans le vestiaire même des Brûleurs de Loups, a rassemblé une quinzaine de journalistes dont deux représentants de la rédaction de HockeyHebdo. Nous vous proposons, dans cet article, un retour sur cet événement qui est essentiellement un "point par point" rapide avec quelques commentaires personnels qui se réfèrent souvent aux autres conférences de presse couvertes par le passé comme, par exemple, celles du Genève Servette
La conférence de presse a duré environ deux heures, ce qui est très long pour un tel exercice, et a vu Madame La Présidente Stéphanie Carrel-Magnan et Jean-François Dufour répondre aux questions de la presse. Soulignons qu'il n'y a eu aucun moment de tension, sauf peut être lorsque Madame La Présidente a évoqué la question de la pétition et des mécontentements vus sur les forums et également dans la presse. Notons qu'aucune question n'a été esquivée par les BDL même si nous manquons parfois d'éléments pour structurer cet article.
 |
| Photographe Laurent.Lardière |
|
Les finances :
Beaucoup de questions sur le budget avec le problème de l'absence de bilan financier remis à la presse et donc une méconnaissance totale du dossier de la part de 90% des journalistes présents. Selon la direction, le budget est en équilibre sans que l'on puisse évoquer d'éléments négatifs ou positifs particuliers. Les BDL espèrent être validés par la FFHG cet été mais n'excluent aucun obstacle de dernière minute. Le comportement des sponsors a été évoqué rapidement, avec une baisse possible liée aux résultats sportifs, mais sans qu'aucun constat ne vienne pour le moment préciser la situation. On remarquera la fidélité des partenaires tout au long de la saison. Aucune question précise n'ayant été posée sur les relations avec les collectivités locales et territoriales, il n'y a pas eu de développement de ce côté.
Les BDL espèrent, l'année prochaine, grâce à l'organisation d'une classique hivernale (winter classic à la nord-américaine), remplir le Stade des Alpes avec, à la clef, une recette significative. Cet événement, qui verrait Grenoble s'opposer à un haut de classement de type Rouen, serait un événement-phare, avec des prix très abordables (8 euros) qui puissent permettre au plus grand nombre de participer à la fête. S'agissant d'une rencontre de Magnus, nous croyons savoir qu'elle serait incluse dans l'abonnement, ce qui serait de bonne politique.
Il a été fait mention rapidement de nouveaux produits BDL mis à la vente, ainsi que d'un projet d'académie BDL (si l'auteur de l'article a bien compris la phrase qui l'évoque). Si nous parlons d'une académie dans le même sens que ce qui existe en Amérique du Nord, l'idée pourrait être intéressante et développer des partenariats et événements différents, en particulier caritatifs.
Sur le plan financier, le recrutement de cette année paraît donc être globalement le même en terme de dépenses salaires. Pour le staff, hormis le départ de David Bertuzzi (attaché de presse, que nous saluons comme il convient en lui souhaitant bonne chance dans ses nouvelles fonctions, celui de responsable entre autre de la classique hivernale), l'ensemble reste stable.
Le retour de la FFHG à la case départ en ce qui concerne la ligue à 12 est considéré comme un manque à gagner logique pour Grenoble qui se sait minoritaire sur le dossier.
Madame la Présidente a évoqué également le problème du modèle économique du hockey à Grenoble, déclarant peu craindre la concurrence des autres sports, mais mesurant les exigeances du public. La fréquentation connaît une légère baisse avec, en particulier, des places vides lors de la dernière rencontre de la saison à cause, selon Madame Carrel-Magnan, du délai de vente de 24h.
Relations aux médias
Jean-François Dufour, en charge du recrutement, fera un point régulier le jeudi avec la presse sur le sujet (excellente initiative selon nous).
Les BDL réfléchissent au renouvellement du partenariat avec TéléGrenoble avec, en tête, un problème très clair de rentabilité économique, ceci en l'absence de tout chiffre d'audience qui soit susceptible d'éclairer le débat.
Bilan sportif de la saison
Le bilan sportif de la saison est considéré comme insuffisant, avec une 9ème place en saison régulière et une sortie en 1/4 de finale. Les excuses évoquées sont la jeunesse de l'effectif et son inexpérience, ainsi que la blessure de Luc Tardif. L'attaque défaillante est jugée première responsable de cette situation, Grenoble étant, par ailleurs, 4ème défense en terme de buts encaissés, ce qui est jugé correct.
Grenoble est jugé inférieur aux 3 prétendants au titre que sont Angers, Rouen et Briançon (17/3 sur la saison en confrontation directe). Le motif est clairement la qualité des joueurs et la présence d'une légion étrangère dans plusieurs cas, dont Angers avec 13 étrangers. Le problème du respect du principe des 10 joueurs formés en France est clairement posé. Madame La Présidente n'a pas voulu polémiquer sur le sujet avec la FFHG mais il est clair qu'il y a une forte insatisfaction à ce niveau.
La question du niveau de jeu et du fond de jeu s'est vue posée à deux reprises, avec des réponses qui évoquaient, elles aussi, la qualité des joueurs. Sur l'exemple du power play, c'est clairement le niveau insuffisant des joueurs sur le plan individuel qui est pointé du doigt, l'encadrement ayant fait de longues heures d'entraînement sans amélioration vraiment visible.
 |
| Photographe Laurent Lardière |
|
Re-signature de Jean-François Dufour et effectif sportif
Madame Stéphanie Carrel-Magnan a justifié son choix en évoquant la fidélité et la qualité du travail fourni par l'intéressé, soulignant qu'elle attendait de lui les mêmes qualités que celles recherchées chez ses autres collaborateurs. Les deux se sont déclarés imperméables aux pressions et décidés à travailler pour construire une équipe compétitive pour la saison prochaine. Questionnée sur la relative solitude de son entraîneur et du manque d'anciens joueurs, compétences sportives mobilisées, Madame la Présidente a précisé qu'elle participait à son échelle et évoqué un manque de disponibilité des grands anciens, tout en reconnaissant que certaines réflexions étaient en cours.
Evolution de l'effectif
Ne sont pas reconduits :
Ed Mc Grane
Francis Desrosiers
François Ouimet
Partent
Kevin Dusseau (Amiens)
Nicolas Arrossamena (Amiens ?)
Maxime Suzzarini (ligue australienne)
Pour les autres joueurs, aucune annonce n'a été faite, la plupart sont dans l'attente d'une proposition du club, doivent examiner d'autres offres éventuelles.
Concernant les deux gardiens, Jean-François Dufour souhaite conserver la doublette, avec la question d'un Bonvalot qui n'a pratiquement jamais joué cette saison.
La priorité du recrutement, outre six défenseurs, est surtout le secteur offensif.
Les mécontentements
Madame La Présidente ainsi que son staff sont informés de la pétition et des mécontentements très présents cette année sur le forum des BDL, sans oublier la logique de création d'une association. Elle se dit prête à rencontrer une délégation des intéressés mais souligne qu'elle se refuse à cautionner certains écrits jugés plus que limite, qui mettent en cause telle ou telle personne et avancent parfois des faits totalement faux et mensongers. En admettant le caractère constructif de certaines critiques, il ne faut pas non plus tout accepter.
Jean-François Dufour se dit peu touché car ne lisant pas les critiques, originaire de Montréal, il connaît ces climats et ne souhaite pas être informé outre mesure.
He said Captain I said WHAT...
En espérant, au cours de ce résumé rapide (deux heures d'échanges tout de même !), ne rien avoir oublié d'important, ce qui suit n'est que l'avis personnel de l'auteur de l'article, sur la base non seulement des propos tenus mais également de l'impression laissée lors de la prestation. Les lecteurs rendront grâce à HockeyHebdo d'avoir pris ses responsabilités dans les questions, nous leur demandons en retour de respecter l'avis exprimé sans avoir forcément à le partager bien naturellement.
Madame La Présidente Stéphanie Carrel-Magnan s'est montrée assez convaincante dans le domaine économique, avec des réponses qui paraissent pertinentes et des analyses intéressantes, qui sont celles d'une femme d'entreprise dont on ne peut que respecter le parcours professionnel et l'engagement en tant que présidente salariée du club de Grenoble (ce dernier point étant un constat et non un jugement, l'intéressée n'ayant par ailleurs aucun problème à évoquer la question en se considérant comme présidente salariée dans l'interview accordée à "La Ligne Bleue" de septembre 2010). L'initiative de classique hivernale paraît ainsi intéressante, tandis que l'équilibre des comptes, évoqué clairement, rassure par rapport à un passé encore récent. On notera à cette occasion la présence de la quasi-totalité du staff administratif des BDL à l'exception du Manager, une présence collective positive. Le problème est que le projet sportif proposé par la FFHG a connu une reculade avec le non-passage aux 12 clubs, tel que prévu il y a deux ans, et que Grenoble se retrouve dans un contexte très défavorable car ayant, lui, les moyens d'avancer vers une formule plus intéressante. C'est sans doute le problème majeur du hockey grenoblois ces prochaines années.
Sur le plan sportif en revanche, le bilan est bien naturellement plus difficile à défendre, à commencer par le renouvellement à son poste de Jean-François Dufour. Les arguments évoqués en faveur de ce choix peuvent et doivent faire débat. La mise en avant des qualités humaines, y compris la fidélité de l'intéressé, ainsi que son éthique de travail, ne prêtent selon nous à aucune contestation. On doit cependant comprendre que ces éléments ont donc visiblement davantage compté que les qualités techniques et pédagogiques de l'intéressé, et ses résultats eux-mêmes qui pouvaient lui désigner la porte de sortie dans de très nombreux clubs professionnels. Derrière ce constat, on peut formuler une hypothèse qui voit la Présidence des BDL n'avoir que bien peu de marge de manoeuvre, tant sur le plan budgétaire (on le savait) qu'en terme de confiance à un tiers et de capacité de recrutement d'un coach. Cette impression nous reste au terme de la conférence de presse. Naturellement, un tel conservatisme est critiqué et criticable mais il nous semble, derrière ce choix, discerner la volonté de la présidence de sécuriser le poste et d'éviter ainsi certains dérapages internes et pourquoi pas déstabilisations ? Qui a dit que la direction d'un club comme Grenoble était un long fleuve tranquille ? Pas nous ! Précisons que nous formulons ici une impression à l'issue de la conférence de presse simplement et uniquement.
 |
| Photographe Laurent Lardière |
|
On oublie par ailleurs un peu rapidement que tous les clubs de hockey d'un certain niveau disposent d'un staff qui comprend plusieurs entraîneurs, sans parler de conseillers et appuis techniques et sportifs. Jean-François Dufour serait-il plus à l'aise et, osons le mot, meilleur s'il pouvait compter sur davantage d'aide et de conseils ? Certainement mais avouons que Grenoble ne compte pas de techniciens reconnus, anciens joueurs dans ses rangs, c'est-à-dire avec un rôle officiel. Ou sont les Bonnard, Bachelet, Rolland, pour ne citer que ceux dont on voit le maillot au plafond de la patinoire ? Ils ont des emplois et n'ont pas le temps, certes, mais n'étaient-ils pas plus présents au sein, par exemple, du centre de formation il y a quelques années, à l'image d'un Simon Bachelet qui nous a toujours semblé avoir le profil idéal pour une direction de ce type de structure ? Un Patrick Rolland, qui a le temps de faire de la télévision, ne serait-il pas utile, par exemple, dans un rôle de conseiller officiel de la Présidence (le Serge Savard grenoblois) ? Ce n'est qu'un exemple, mais avouons que nous ne sommes pas totalement convaincus par la situation actuelle et certaines postures sur le sujet.
Concernant l'évolution de l'effectif, on trouve également un réel problème, celui du modèle sportif choisi. L'option jeune, qui est officiellement la ligne suivie depuis plusieurs années, paraît montrer quelques limites. Soit les joueurs qui arrivent des espoirs n'ont pas le potentiel pour réussir en Magnus, soit ils partent rapidement vers des cieux plus rémunérateurs, ce qui n'est pas difficile, particulièrement à l'étranger. Si la FFHG veut pousser les clubs à former avec, en particulier, le règlement qui prévoit dix joueurs français sur la feuille de match, avouons que la réalité ne donne pas raison aux quelques clubs qui souhaitent s'y référer. Avec 12-13 étrangers, y compris parfois avec un ou deux surnuméraires dans les gradins, une équipe espoir non compétitive, et les dix jeunes prévus parfois réduits à 9-8 sur la feuille de match sans que personne ne le remarque, alignés blessés, ne jouant pratiquement jamais, on peut jouer les premiers rôles en Magnus. Après, mathématiquement, tous les clubs ne peuvent disposer de dix jeunes espoirs compétitifs pour le moment au sein du hockey français. Grenoble ne doit-il pas retourner vers une formule plus équilibrée comme ses concurrents directs ? Sans doute, mais le club a-t-il les compétences pour le faire ?
Au chapitre des déceptions, le départ de Dusseau à Amiens questionne. Grenoble n'aurait pas pu s'aligner financièrement alors qu'il dispose d'un plus gros budget que les Gothiques ? La vérité n'est-elle pas plutôt dans l'utilisation faite du joueur qui a déplu au principal intéressé ? Lui-a-t-on parlé en temps et en heure pour juger de ses intentions et pouvoir, le cas échéant, lui faire une contre-proposition ? Visiblement non. Derrière ce départ, on mesure une certaine fragilité de Grenoble qui ne semble plus être le club où l'on rêve de signer quand on est un joueur de Magnus confirmé, comme c'était le cas par le passé. L'autre mouvement annoncé, celui de Nicolas Arrossamena semble moins difficile à remplacer, l'intéressé n'ayant jamais réussi à s'imposer malgré d'énormes qualités qui le rendent très intéressant pour n'importe quel club français (Amiens ?).
Grenoble va également se séparer de 4 éléments en la personne de Desrosiers (difficile de garder un attaquant qui ne marque aucun but en saison régulière), Ouimet (soliste au bilan contrasté), Suzzarini dont on peut s'interroger sur l'utilisation et l'évolution mais qui pourrait, à la différence des autres, revenir un jour dans l'effectif et, enfin, Mc Grane (second compteur mais bien discret en playoffs, un choix plus contestable, selon nous, que pour les trois autres). Peut-on les remplacer avantageusement ? Difficile à dire mais l'enveloppe ne devrait pas permettre de faire de miracles.
Au final, alors que l'affaire semble totalement maîtrisée sur le plan économique, le projet sportif semble plus difficile à mettre en oeuvre, avec des problèmes internes autour de certaines compétences et choix des personnes, mais également externes avec un hockey français dont les évolutions semblent globalement contraires aux intérêts grenoblois. On peut comprendre et même partager de telles interrogations qui freinent considérablement le développement de tout club français structuré et reconnu, et qui aurait les moyens financiers mais également l'ambition de participer à une ligue totalement professionnelle ces prochaines années. Si la marge de manoeuvre sur le plan du rectrutement semble très faible, il reste des évolutions possibles en terme d'encadrement et de communication pour proposer un ensemble à la fois plus compétitif mais également sans doute mieux compris de la part de tous les amateurs de hockey grenoblois.
© 2026 Hockeyhebdo.com — Reproduction totale ou partielle interdite sauf autorisation des auteurs.