Comment avez-vous été approché pour participer aux Jeux-Olympiques pour France Television ?
L'été passé, j'étais sur une promotion pour une émission quotidienne de France Télévision, sur le Tour de France. Ce jour là, ils faisaient l'émission d'une ville d'où partait le Tour de France (*), par St Gaudens. Après l'émission, on m'a demandé si je connaissais le tour de France, si je voulais voir le départ. J'ai dit que non, je connaissais bien entendu. On m'a invité à un départ, et sur le départ, celui qui fait les relais avec les studios de France Television m'a un peu pris par l'épaule, m'a amené devant la caméra (rires), et finalement, m'a traduit la demande de Daniel Billalian qu'ils aimeraient bien me voir aux JO avec eux, notamment pour être ambassadeur pour le hockey sur glace.
C'est une très belle surprise, c'est difficile de dire non comme ça devant toute la France (rires). C'est une chose qui m'intéressait, je ne connaissais pas encore mon emploi du temps et beaucoup d'autres choses, mais on en a discuté après, et on l'a réalisé.
(*) : Autour du tour, le 11/07/2009
Comment allez-vous aborder ces JO ? Est-ce que vous suivez le hockey, vous êtes-vous renseigné sur les équipes, les joueurs... ?
Quand je suis au Canada, je regarde des matchs de hockey sur glace, j'ai des copains qui travaillent pour CTV et RDS qui seront les diffuseurs des matchs de hockey. Avec France TV, on va avoir le "feed" (le flux), la retransmission est gérée par eux. Ce sont des experts dans ce genre de boulot. J'ai aussi beaucoup de copains qui travaillent, qui sont d'anciens joueurs de hockey, des anciens entraîneurs, des coachs, qui sont analystes, commentateurs, pour le hockey sur glace ici à Montréal, notamment avec RDS. Après qu'on m'ait demandé ça, j'ai porté un peu plus attention à ce qui s'est passé cette année au hockey sur glace, on a suivi les formations des équipes d'assez prêt. Ils en ont même fait des emissions, qui par rapport à ça, sont très intéressantes à regarder, je ne sais pas si vous pouvez les récupérer ou voir ça, mais RDS et CTV ont fait ici au Canada des reportages des plus grandes équipes nationales, on apprend beaucoup de choses.
Je suis allé au Centre Bell, qui est la patinoire du Canadien de Montréal, j'ai rencontré beaucoup de gens là-bas. J'ai trainé mes baskets dans le coin de la presse, pour parler aux gens, pour voir ce qu'ils en pensait, m'imprégner aussi un peu de la "vibe", voir comment ça allait.
Vous savez, les formations des équipes nationales, c'est un mélange de beaucoup de choses. C'est bien entendu un mélande de sport, de talent, mais aussi de politique, beaucoup d'égos, beaucoup de choses. Juste la composition des équipes, ça fait une histoire, on pourrait presque écrire un roman, c'est très intéressant.
Je me suis procuré ça, j'ai fait un peu de recherche, parce que mon apport pour les JO pour France TV dépasse quand même le hockey sur glace. C'est à dire que vendredi soir, je serais de la partie pour les cérémonies d'ouverture, de fermeture, y'a le show à Vancouver tous les jours où j'ai une chronique "canadienne", on va essayer de vous faire découvrir non seulement les Jeux Olympiques, mais comment les gens vivent dans ce coin là, fair comprendre aux gens que le Canada, c'est très grand, que le mode de vie des personnes de la Colombie-Britannique n'a rien à voir avec le mode de vie des gens des prairies et de ce qui se passe dans l'Est, d'où je viens. Ca risque d'être très intéressant, géographiquement, culturellement. Ca devrait être amusant aussi, je serais là pour donner des commentaires sur tout ce qui va se passer.
Ca ne va pas se limiter aux matchs. On sera trois à commenter le hockey sur glace. On m'a bien spécifié qu'il fallait que je garde la couleur de notre vocabulaire du hockey sur glace. Au pire, si jamais le téléspectateur de comprend pas tout, j'ai mon copain juste à côté qui lui, est français, qui fera la traduction.
Le hockey n'est pas très médiatisé en France. C'est un sport qui est relativement peu connu du grand public, à part les gens qui suivent ce sport. Comment allez-vous faire pour faire apprécier ce sport et l'expliquer à ce public ?
D'abord et avant tout, pour apprécier un sport à la TV, il faut que ce soit bien retransmis. Les américains, et notamment les canadiens, sont passés quand même maîtres dans la retransmission de certains sports, entre autres le hockey sur glace, le football américain, le basketball, le baseball. Je pense que c'est avant tout grâce à ça que l'on peut intéresser les gens. C'est sur qu'il faut déjà les attirer, et qu'ils s'assoient devant leur écran, pour déjà apprécier. Le travail en amont, c'est plutôt France TV, mais je pense que c'est un sport qui parle de lui tout seul, il s'agit qu'il soit bien retransmis.
Les deux collègues qui seront avec moi connaissent le hockey sur glace, il y aura certainement un certain public qui viendra parce que je serais là. Après il faudra démystifier, vulgariser, clarifier, et éclairer le pourquoi du comment. Remarquez que le hockey sur glace dans les années 80, même avant, en Amérique, était un hockey qui était pratiqué au Canada, dans le Nord-Est des Etats-Unis, il y avait peu de clubs dans l'Ouest, et ça a changé beaucoup. On a essayé beaucoup de choses, il y a avait des barrières que j'appelle des barrières physiques.
Par exemple, si vous n'êtes pas habitué à regarder des matchs de hockey sur glace à la télé, ce que vous appelez le palet, que l'on appelle nous la rondelle, c'est pas évident de la voir sur la glace, c'est aussi bête que ça. Quand on est habitué de voir un ballon, par exemple quand on regarde le foot, c'est évident, c'est un truc qui est très gros, on peu suivre le jeu beaucoup mieux en tant que téléspectateur qu'un match de hockey sur glace. Y'a une certaine habitude, et à l'époque, le réseau Fox aux Etats-Unis avait essayé d'inventer des choses pour repérer la rondelle sur la glace mais à l'écran. On avait mis un "chip" (puce) dans les rondelles et dès que la rondelle passait une certain vitesse, il y avait un trainée bleue sur l'écran. Et lors des lancers, en deuxième vitesse, quand on augmentait la vitesse de déplacement de la rondelle, la trainée devenait rouge. Ca n'a pas duré (rires), mais c'est pour vous dire qu'il y a eu beaucoup de recherche de fait en Amérique pour faciliter la compréhension, le suivi visuel, au delà des termes - pour les termes on peut toujours se débrouiller après - pour que ce soit intéressant à regarder. On ne pense pas qu'au travers des JO, des 6 ou 8 matchs qu'on va présenter aux JO, qu'on va augmenter énormément la part du marché du hockey à la télé en France. Déjà, il n'y en a pas beaucoup, mais on espère quand même attirer un peut l'attention.
Si vous regardez par exemple, l'histoire en Suisse, le hockey sur glace a toujours été assez important mais beaucoup moins que le ski ou d'autres sports aussi, mais à partir du moment, il y a quelques années, où l'équipe Suisse a gagné des matchs importants en Championnats du Monde, il y a tout de suite eu un engouement, parce qu'ils étaient "gagnants", parce qu'ils avaient acquis des points. Ils ont eu une visibilité dans la presse qui était beaucoup plus importante, des fonds ont été débloqués, de l'argent a été mis sur le développement des joueurs, on a offert la possibilité aux jeunes de jouer au hockey sur glace. C'est devenu important tout d'un coup, il y aussi de ça.
Il ne se passe pas ça en France encore, on ne s'attend pas à ce que le hockey sur glace devienne un sport majeur en France. Ca l'est chez nous, et puis c'est un très très beau sport, il faut tout simplement le mettre à l'écran et le commenter d'une façon accessible au risque d'avoir beaucoup plus d'adeptes.
Il faut continuer de gagner. Il n'y a pas de secret. Ici, c'est vraiment ancré dans la culture, même si le Canadien de Montréal ne font pas très bien une année, les gens ont hâte à l'année d'après, pour recommencer, pour se redonner une autre chance. C'est comme le foot aujourd'hui chez vous, c'est indisociable de la vie de tous les jours.
Pensez-vous que votre notoriété va amener plus de téléspectateurs ?
J'espère qu'au moins mes fans regarderont, ce sera déjà ça de plus. Il y aura aussi les curieux qui vont regarder. C'est pour ça que mon apport, comme je le disais tout à l'heure, va aller au delà du hockey sur glace. La plupart des matchs seront retransmis en direct dans la nuit, on ne parle pas de 20h30, sauf la grande finale. On essaiera d'apprivoiser, d'inviter les gens à venir regarder la grande finale qui sera probablement à 20h30 sur France TV.
Passons à votre carrière de hockeyeur. A quel poste avez-vous joué ?
J’ai joué tout mon hockey mineur comme défenseur. Quand je suis arrivé dans les ligues d’élite, vers 17 ans, on m’a déplacé, j’ai joué centre. J’étais donc un défenseur-offensif, et un joueur de centre défensif. J’étais un spécialiste des désavantages numériques à quatre ou à trois.
Avez-vous pensé à faire une carrière professionnelle ?
Oui, quand on est tout petit, c’est ce qu’on veut faire. Si vous demandez à n’importe quel enfant qui joue au hockey sur glace, son rêve c’est d’être professionnel. Dans les ligues junior ici au Québec, le cheminement régulier d’un joueur, pour accéder à la Ligue Nationale, il doit y avoir entre 20 à 30 équipes de 25 joueurs, et il y a en moyenne un joueur par année qui va le faire.
Au Québec, vous savez qu’on est beaucoup moins qu’en France. On a calculé une petite statistique, que je vous lance comme ça, je n’ai pas vérifié, un peu plus de 300.000 jeunes joueurs de hockey sur glace, amateurs, par année. C’est comme s’il y en avait 3 millions en France, et il y en a 1 par année, au Québec, qui va faire une belle carrière, statistiquement, dans la Ligue Nationale. Il y a très peu d’élus.
Avec tous les européens qu’il y a dans la Ligue Nationale maintenant, les américains depuis les années 80 où le hockey sur glace est devenu plus important, il n’y a pas beaucoup de places.
Avez-vous joué avec des joueurs qui ont ensuite connu une belle carrière que ce soit en Ligue Nationale ou en Europe?
En Europe, oui. Il faudrait que je trouve une liste, mais surtout en Europe. Les années que j’étais à l’université, l’équipe nationale française était à 80% formée de canadiens naturalisés. Là, je parle des années 82-83. J’ai même joué en finale du tournoi du Mont-Blanc contre l’équipe nationale française, nous on était l’équipe universitaire canadienne à Ottawa, et sur 25 joueurs, il y avait 20 québécois, on les connaissait tous. Ca a changé beaucoup depuis ce temps là, tant mieux.
J’en ai connu plusieurs qui ont joué en Europe, oui, qui ont fait de belles carrières en Suisse, en France. Il y en a toujours qui sont là, mais ils sont plutôt entraineurs maintenant.
Dans la Ligue Nationale, quelques uns malgré que je ne sois pas resté très longtemps en Junior majeur, je n’ai pas eu la chance de croiser beaucoup de gars qui ont joué, un ou deux.
Est-ce qu’il vous arrive de rechausser les patins ?
Quand je suis à Montréal, 2 à 3 fois par semaine. Ce qu’il y a de bien ou j’habite, j’habite à 30 minutes au nord de Montréal, il y a beaucoup d’anciens joueurs de NHL qui sont là et donc on joue ensemble. Même si c’est ce qu’on appelle communément chez nous une « Ligue de hockey de garage », ça reste très compétitif et très haut niveau, c’est extraordinaire.
Quand vous êtes en Europe, suivez-vous les championnats, allez-vous voir des matchs ?
Pas beaucoup. Ca m’est arrivé un peu plus quand j’étais en Suisse. Quand je suis en France, je bouge beaucoup, j’ai rarement le temps. Je m’étais entrainé à une certaine époque avec des équipes autour de Paris parce que j’étais en promo pendant plusieurs mois. J’ai fait venir mon équipement de hockey sur glace, je rencontrais les gens de l’équipe et j’allais m’entrainer deux à trois fois dans la semaine. Ca, c’était intéressant. Mais, je n’ai jamais eu vraiment l’occasion de suivre régulièrement, parce que je ne fais que passer. Je ne suis jamais resté assez longtemps à un endroit pour suivre sérieusement ces championnats là.
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| photo tdg.ch |
| Roch Voisine à Lausanne, en 2003. |
En Suisse, j’ai eu la chance d’aller faire des mises au jeu officielles, pour le LHC Lausanne, à la Chaux de Fonds, Berne, mais pas beaucoup en France.
Que pensez-vous du hockey en France ?
Il y a eu des efforts de faits. A l’époque, je me souviens bien, j’avais fait une émission de télé, j’avais rencontré Jean-Claude Killy qui m’avait invité à aller aux Jeux d’Albertville. Cette année là, on m’a même donné le chandail de l’équipe nationale française, je l’ai toujours chez moi. Je joue avec, une fois de temps en temps, ça fait ce qu’on appelle en anglais « mémorabilia », c’est assez cool, parce qu’il n’y en a pas eu beaucoup.
Il y avait eu une poussée, ils avaient bien fait. Il y a quelques français, dont Philippe Bozon qui a fait la Ligue Nationale, ça aide, ça donne des idées de grandeur à des organisations, ça fait rêver les jeunes. Il faut développer ça. On comprend que le hockey ne deviendra pas le sport national des français, mais ça reste un très, très beau sport, ça vaut vraiment la peine de le pratiquer.
Philippe Bozon, et Cristobal Huet aujourd’hui.
Cristo que je connais bien, personnellement. Je n’ai pas joué avec, mais il habitait tout près de chez moi quand il jouait pour Montréal. J’ai eu l’occasion, plusieurs fois, de souper avec lui et sa femme. Je le connais, il est charmant, je suis très content que ça aille bien. La preuve qu’un français peut très bien réussir dans ce sport là, il suffit d’avoir la possibilité d’en développer le talent quand on l’a au début.
Quelles sont les équipes que vous suivez, vos équipes favorites ?
C’est sûr que, aux Jeux Olympiques, je vais avoir un petit penchant pour le Canada. Mais quand je regarde la LNH, j’aime les bons matchs, j’aime voir certains joueurs évoluer, plus que « c’est mon club, il faut absolument gagner », non. Je ne suis pas ce genre de fan là, je suis fan du sport, pas d’une équipe.
Quel est le style de jeu ou d’équipe que vous aimez voir jouer ?
Vous savez, le hockey a beaucoup changé. Quand j’ai commencé à jouer, dans un hockey un peu plus sérieux, le hockey russe a changé complètement l’approche du hockey sur glace américain. Dans les années 80, on se souviendra, à Lake Placid, d’un coach qui a entrainé une équipe étoile universitaire américaine et qui a battu les russes sur leur propre terrain, c'est-à-dire en développant un hockey nord-américain, sur mesure, au hockey « européen », ça reste un hockey européen pour moi, même si c’est russe.
Je pense que la beauté du hockey sur glace, depuis plusieurs années, c’est un mélange, non seulement de styles, mais il y a beaucoup de joueurs européens dans la Ligue Nationale, finlandais, suédois, qui apportent des styles différents, des approches d’entrainement différents. Ca donne un hockey sur glace qui est très intéressant à regarder, pas prévisible comme c’était à l’époque ou nous, quand on était tout petit, c’était élier gauche à gauche, ailier droit à droite, c’était un hockey de zone. Les russes ont amené énormément de choses, c’est beaucoup plus agréable à regarder, surprenant.
Est-ce qu’il y a un joueur que vous appréciez ?
Maintenant ? Ah oui, il y en a quelques uns, on est gâtés. Ce qui est intéressant, c’est que tous ces joueurs extraordinaires vont s’affronter aux Olympiques. Au Canada, on parle de quelqu’un comme Rick Nash qui est mon joueur préféré. Il y a des gens qui vont préférer Crosby, Ovechkin, comme gardien de but Martin Brodeur, Roberto Luongo. Sydney Crosby, bien sûr parce qu’il est canadien et qu’il vient de l’est, tout près de chez moi, il y a aussi des européens qui sont extraordinaires.
Il y en a beaucoup. Je ne serais pas le seul, mais on aura les yeux très grands ouverts quand on va être là. Même les matchs qu’on ne présentera pas sur France Télévision, je pense que je vais être là, je vais aller voir ça. Ca va être un spectacle incroyable.
Il y a un très grand commentateur de hockey sur glace, probablement LE plus grand de tous les temps, qui n’est plus de ce monde aujourd’hui, qui s’appelait
René Lecavalier. Il disait à tous les jeunes qui commençaient : « surtout ne perdez pas cet émerveillement devant le spectacle ». Si vous réussissez à transmettre cet émerveillement que vous avez devant vos yeux, parce que vous êtes privilégié, pour lui, c’était un roi du vocabulaire, et il a presque inventé tout le vocabulaire francophone nord-américain du hockey sur glace. Il a inventé un style propre à lui, mais on ne sent pas que je vais là, pas avec toute cette expérience là, mais de pouvoir resté émerveillé et de le traduire le plus possible, ça aidera certainement la cause de ce sport en France.
Quelle sera votre actualité après les jeux olympiques ?
On prévoit un nouvel album original pour le mois de décembre en France.
Avant ça, je vais finir de l’écrire et de l’enregistrer, on va rapporter toute l’expérience d’Americana au Québec et au Canada à partir de septembre, donc ce sera assez chargé, il y aura des concerts ici à partir de février. Pour la France, il y aura la promo et des concerts, pour septembre, octobre 2011.
Merci encore pour nous avoir accordé de votre temps, et on a hâte de vous retrouver aux Jeux Olympiques.
Merci beaucoup, on essaiera de partager avec vous le plus possible, le mieux possible tous ces événements extraordinaires qu’on verra à Vancouver. De toute façon, ce qui est intéressant pour nous, c’est qu’on va à Vancouver, et c’est le printemps à Vancouver. Les gens se proménent en short (rires). Apparement, ça va rappeler les jeux de Nagano. Vancouver, c’est plus tempéré que Montréal. Tout en bas, dans la ville, c’est Paris !
Nous remercions à nouveau Roch Voisine pour sa disponibilité, ainsi que Narimane qui nous a mis en relation avec Roch Voisine.
Maintenant, place aux jeux !
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