C’était un hockeyeur finlandais qui patinait depuis 22 saisons en NHL. Un sportif unique, ou plutôt un combattant, qui ne cessait d’ajouter son nom au livre des records de la prestigieuse ligue outre-Atlantique. A chaque âge de se vie, il dépassait ce qui fut de meilleur. D’une longévité hors-norme, il traversait les générations.
Les joueurs partent, les supporters restent, dit le slogan. Tous les hockeyeurs quittent un jour la ligue, mais pas lui, disait-on aux quatre coins du continent. Sa longévité et son courage n’avaient d’égale que celui de héros romanesques. Son physique et son histoire auraient pu sortir tout droit d’une légende scandinave.
Seul contre tous :
Son excellence et sa longévité venaient garnir un palmarès impressionnant. Mais qui n’atteindra jamais l’excellence, la vraie. Celle que seul celui qui a été la pièce maîtresse d’une équipe qui a écrit l’histoire connaît. Au sein d’un sport collectif, ses plus grandes distinctions resteront individuelles. Son histoire est celle d’un chef qui n’a jamais réussi à se bâtir un empire. D’un valeureux guerrier, mais à l’armée parfois fébrile. Une sorte de Leonidas, le roi de Sparte, mais sans ses 300 soldats.
Il s’était certes associé à de grands talents. Comment oublier son duo avec Paul Kariya ou son compatriote Saku Koivu ? La dernière page de son livre s’est écrite lors des derniers Jeux olympiques. Troisième avec son équipe, il y a été élu meilleur du joueur du tournoi. Tout un symbole : s’il était le meilleur de son équipe, son équipe était rarement la meilleure.
Comme toute légende, celle-ci a ses mystères. Pourquoi ce hockeyeur n’a-t-il jamais connu l’or avec son pays ? Pourquoi ses coéquipiers n’ont-ils jamais réussi à faire de ce prétendant un roi ? Avaient-ils seulement le talent pour le hisser sur son trône ? Son incapacité à s’autosacrer est-elle la preuve que son talent n’était pas à la hauteur de sa légende ? Un titre pour 22 saisons en Amérique. Cinq médailles sous les couleurs de sa terre natale. Aucune en or…
Jeune, ses performances laissaient entrevoir un très grand talent. Il commençait à impressionner. Il avait battu le record de buts pour une recrue. Plus âgé, il rentrait encore dans l’histoire. Il était devenu le joueur le plus âgé à inscrire 45 buts dans une saison. Il terminait son chef d’œuvre. Tout au long de ces 22 années, il dépassait les détenteurs du record du plus grand nombre de buts les uns après les autres. A ce classement, de grands noms reculaient d’un cran. Bryan Trottier, Guy Lafleur, Bobby Hull ou encore Joe Sakic… On se demandait quand il s’arrêterait. Lui-même ne le savait pas.
Aller-retour :
Le Finlandais aimait son pays. Sa ville, aussi. S’il acceptait de faire le tour de l’Amérique, il n’aurait pu trahir Helsinki. Parfois, la terre promise du hockey se déchire.
La guerre est déclarée entre joueurs et dirigeants. Les hockeyeurs déchaussent les patins, la saison est raccourcie. Alors il n’oublie pas sa toute première maison, et retourne jouer dans sa ville.
L’unique fois où il remporta le sacre, il l’emmena chez lui, puis se rendit dans un hôpital pour enfants malades partager son temps. Collectionneur de voitures de luxe, le Scandinave était en quête d’un équilibre entre opulence et retour aux sources.
Il n’avait pas seulement le sens du devoir, mais aussi la passion de l’amour. Cette fin de saison, il a exprimé son souhait de revenir patiner avec les Jokerit d’Helsinki une fois son retour en terre nordique. Un remerciement espéré par toute une ville.
La Finlande aussi aimait son hockeyeur. L’un de ses plus grands. L’homme y a inspiré un réalisateur pour un film documentaire, l’athlète est devenu le plus grand buteur finlandais de la ligue américaine. Il est même rentré dans l’histoire de tout un continent en devenant le premier Européen nommé meilleur joueur lors du match des étoiles.
Le trop, l’ennemi du bien ?
Les années passant, il ne voulait pas quitter l’excellence. La peur de partir trop tôt, expliquait-il. La crainte de vouloir rejoindre ses anciens coéquipiers sur la glace une fois assis sur le siège du spectateur. Car il avait déjà ressenti ce sentiment. C’était en 2010, après les Jeux olympiques. Le record du nombre de buts aux Olympiades dans la poche, il s’était retiré des compétitions internationales. Il pensait avoir trouvé la note de fin du récital. Un temps. L’envie avait été trop forte et il dut revenir sur sa décision, au plus grand bonheur des passionnés du monde entier !
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Trois ans plus tôt, on racontait qu’il pensait sa carrière terminée et qu’il avait loué une patinoire pour lui seul. Il s’était rendu compte qu’il ne pourrait pas éprouver un plaisir si intense que dans une patinoire pleine et lors d’un match de très haut niveau. Alors le hockeyeur avait continué, encore et encore, quitte à décevoir. A coup sûr, il préférait les remords aux regrets. Mais depuis trois/quatre saisons, le hockeyeur laissait comprendre que son départ était proche.
Plus que tout, le Scandinave voulait partir de lui-même. En 2005, il avait subi une opération qui avait failli l’éloigner définitivement de la glace. Son docteur avait déclaré que son avenir dans la ligue était compromis. Son propre corps le jetait de sa maison. Mais il a continué. Il voulait se prouver que c’était lui, et seulement lui, qui détenait les clefs de sa maison. Neuf ans avant, le patin de Don McSween lui avait coupé le tendon d’Achille. Trois ans plus tard, il s’était coupé le quadriceps de la jambe gauche en subissant une mise en échec. Le patin, encore, cet accessoire qu’il domptait mais qui a failli mettre fin à la plus belle partie de son histoire.
A l’approche de ses 44 ans, bon nombre de ses coéquipiers auraient pu être ses fils. Son tournoi olympique laissait entrevoir une Happy End. Sa fin de saison avec son club l’a convaincu qu’il ne maîtrisait plus tout. Son entraîneur le relégua sur le banc pour certains matchs importants. Il ne le supporta pas. « Je suis évidemment déçu. Je veux jouer mais je ne peux rien contrôler en ce moment » déclara le héros. Un aveu d’échec. L’indignation fut familiale : derrière son ordinateur ou son téléphone, son fils tapa quelques mots pour exprimer au monde entier son mécontentement. Mais son entraîneur lui préféra un jeune homme, Emerson Etem. Le cycle de la vie. Une fin prévisible.
A force de jouer, difficile de ne pas perdre. Longtemps, notre héros avait le talent et la forme pour lui. Comme le Père Goriot, il pouvait aisément vivre au premier étage de la maison Vauquer. Le temps passant, il recula d’étage en étage. A l’image du personnage de Balzac, il assiste désormais à l’ascension de Rastignac, ce jeune homme qui aurait pu être lui il y a 22 ans.
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