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Hockey sur glace - Ligue Magnus
HOCKEY FEMININ : DEJA UNE LONGUE HISTOIRE !
 
Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a t lacteur et le tmoin privilgi de lvolution du hockey sur glace en France. Dabord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spcialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif LEquipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et dune rcente encyclopdie qui font rfrence, Tristan Alric a marqu galement lhistoire du hockey franais en tant le crateur de la Coupe Magnus et des divers trophes individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien plac pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de sexprimer rgulirement dans cette rubrique.
 
Mdia Sports Loisirs, Hockey Hebdo Tristan Alric le 31/07/2020 11:30
Tribune N°11



Contrairement à ce que l’on croit généralement, le hockey sur glace féminin a une histoire très ancienne en France puisqu’elle remonte au début du siècle dernier. En effet, dès 1908, un premier match opposant des hockeyeuses se disputa dans la capitale en lever de rideau d’un match entre le Club des Patineurs de Paris et le SC Lyon. Ces Dames jouèrent pour l’attribution d’un trophée qui s’appelait le « Challenge Savoye ». Les capitaines des deux équipes féminines étaient Madeleine Naudin et Esther Magnus. Ces pionnières du hockey féminin, qui « s’encanaillaient » sur la patinoire du Pôle-Nord (située 18 rue de Clichy), étaient pour la plupart des patineuses artistiques en mal de sensations fortes. Parmi elles, il y avait notamment Yvonne Lacroix et Anita Nahmias qui furent sacrée championnes de France de patinage artistique, respectivement en 1909 et 1910.
 
Après une première interruption due à la fermeture de la patinoire du Pôle-Nord, le hockey sur glace féminin refit son apparition avant la seconde guerre mondiale, pendant la grande époque du Vel’d’Hiv entre 1930 et 1938. Sous la grande verrière de l’ancien Palais des Sports de Paris de nombreux matches féminins furent à nouveau organisés grâce à la création d’un véritable championnat de France officiel. Le premier du genre ! Il fut disputé au départ entre deux équipes concurrentes très célèbres à l’époque qui avaient pour noms les « Droit Au But » et les « Flèches Noires ». Certains de ces matches féminins attirèrent de très nombreux spectateurs (on enregistra parfois plus de 10 000 entrées !) car l’antagonisme entre ces deux formations de la capitale était très vif comme le raconta un jour la grande vedette des Flèches noires, Nickie Wrangellbal. En effet, celle-ci confia que lors de ces matches féminins de hockey sur glace qui passionnaient le public parisien « il y avait de véritables peaux de vaches ».



L’équipe des Droit Au But avait été créée par Jacqueline Mautin, la sœur du hockeyeur du Racing Club François Mautin. Elle jouait, parait-il, presque « comme un homme ». De leur côté, les Flèches Noires avaient été créées par les Demoiselles du Manoir, deux des cinq sœurs du joueur de Rugby Yves du Manoir dont le nom servit plus tard à désigner une célèbre challenge dans ce sport.
 
Dans l’équipe des Flèches Noires, qui ne réussit jamais à devenir championne de France en sept ans de compétition, il y avait une certaine Nickie Wrangellbal. Son père, officier du Tsar pendant la révolution russe, avait dû quitter précipitamment son pays avec toute sa famille. C’est ainsi que la petite russe Nickie Wrangellbal se retrouva en France dès l’âge de sept ans. Par la suite, elle devait devenir une excellente joueuse de hockey sur glace sur la patinoire du Vel’d’Hiv. « Il y avait de véritables teignes, expliqua Nickie. Une fois, une joueuse me déséquilibra avec son patin et je me suis fracturé le coccyx car nos équipements étaient bien sûr très rudimentaires à l’époque. Sans compter les coups de crosse incessants que je recevais dans les côtes… »
 
Visiblement, masculin ou féminin, les matches de hockey sur glace disputés dans le Vel’d’Hiv avant la deuxième guerre mondiale étaient toujours spectaculaires. Les arbitres, qui étaient toujours des hommes, n’hésitaient pas à envoyer en prison aussi souvent qu’il le fallait ces charmantes créatures, devenues de véritables chipies sur des patins car elles étaient décidées à tout pour gagner. Selon Nickie Wrangellbal, ses amies, les deux sœurs du Manoir, qui avaient créé l’équipe des Flèches Noires, étaient « de vrais mecs ». Elle raconta à leur sujet avec sarcasme : « L’un d’eux, pardon, l’une d’elles, était d’ailleurs notre capitaine et c’est elle qui avait eu l’idée de fonder cette équipe féminine.
 
Ces joueuses étaient en grande majorité des étudiantes, du coup leurs moyens financiers étaient assez limités. « La plupart du temps, on se rachetait les divers équipements de hockey entre nous. Nous essayions tout le temps de resquiller à l’entrée du Palais des Sports de Grenelle (le vrai nom du Vel’d’Hiv) pour aller assister aux matches des garçons. Ainsi, on draguait les jeunes gens chargés du contrôles des billets à l’entrée du Vel’d’Hiv afin qu’ils nous laissent entrer gratuitement… Lorsque nous jouions, nous avions conscience, croyez-moi, de pratiquer un véritable sport. Ce n’était pas du cinéma ! D’ailleurs, à l’époque, tous les journaux parlaient de nous. »
 
Un premier championnat de France féminin de hockey sur glace officiel fut donc organisé en 1930 et le titre national revint aux Droit Au But vainqueur du Club des Sports d’Hiver de Paris 3-2. Mais les joueuses parisiennes du DAB (ces trois initiales étaient imprimées sur leurs maillots) se rendaient une fois dans la saison dans les stations de ski des Alpes pour affronter quelques rares équipes de filles qui s’étaient constituées sur place. C’est ainsi que le deuxième titre national féminin de hockey sur glace se disputa en 1932 dans la station de Megève où les « Droit Au But » battirent l’équipe féminine de Chamonix qui avait pour surnom les « Edelweiss ».
 
L’équipe des « Droit Au But » qui remporta les quatre premiers titres de championnes de France de hockey sur glace était composée de : Hélène de Sainte-Marie, Colette Raimondeau (championne de France de vitesse), Madame Orolico, Madame Brown, Paulette Cariou (gardienne), Simone Foy (capitaine), Madame Baudgardner, Francette Boufelleau, Madame Lefébure.
 
L’ équipe alpine des « Edelweiss » exista pendant trois ans seulement de 1934 à 1936. On notera que ces dames de la Haute-Savoie s’entraînaient et jouaient également beaucoup au hockey sur glace au pied du Mont-Blanc. Ces dernières connurent également une certaine célébrité puisqu’elles furent invitées en Angleterre pour effectuer une tournée mémorable qui dura quinze jours !
 
De passage à Paris, les hockeyeuses chamoniardes participèrent d’abord à un gala de bienfaisance baptisé « Le gala de la dette ». Lucie Tollin, qui faisait partie de l’équipe des « Edelweiss », raconta que les joueuses de Chamonix furent reçues dans la capitale avec tous les honneurs puisque, dès leur arrivée en train dans la gare parisienne, Henri Desgranges, le directeur du journal L’Auto (l’ancêtre de L’Equipe), les attendait sur le quai et il leur offrit des bouquets de fleurs !
 
Mais, c’est l’équipe parisienne des « Droit Au But » qui remporta à nouveau le titre de championne de France en 1933 puis en 1934 après avoir battu à deux reprises leurs ennemies jurées, les « Flèches noires », en finale. Toutefois, ces dernières prirent leur revanche en 1935, puisque ce sont les « Flèches noires » qui réussirent à remporter enfin le quatrième et dernier titre national décerné en venant cette fois à bout de leurs consœurs des « Droit Au But ».
 
Juste avant la guerre, trois hockeyeuses de Chamonix furent sélectionnées avec des parisiennes pour faire partie d’une équipe féminine internationale. Mais avec le déclenchement du conflit l’équipe des Edelweiss dut s’arrêter et beaucoup de joueuses se marièrent ou quittèrent la vallée de Chamonix. C’est ainsi que l’équipe disparut. C’est Ida Chappot (alors Ida Claret) qui en était la capitaine. Les noms de ses coéquipières étaient entre autre, Berthe Claret sa sœur, Jeanne Veissen, Suzanne Trappier, Suzanne Couttet, etc… Le hockey féminin de Chamonix, qui n’avait pas la possibilité de jouer régulièrement sur la patinoire parisienne du Vel’d’Hiv, prit cependant un bel essor lors de cette fameuse tournée en Angleterre.
 
Quinze jours mémorables passés à Londres, mais aussi à Brighton, Liverpool, Manchester et Birmingham. Le frère de la capitaine Ida Chappot était Marcel Claret le président du Hockey-Club de Chamonix. Les hommes venaient voir jouer ces demoiselles  et les encourageaient sans moquerie. Lors de leurs matches de hockey, les Chamoniardes arboraient un maillot bleu et jaune avec un béret basque sur la tête et elles portaient une jupe ! Pour revenir à cette fameuse tournée d’exhibition en Angleterre, Lucie Tollin devait confier des détails étonnants. « Là-bas, les patinoires artificielles étaient de véritables salons. Des sortes de théâtres très décorés où on venait nous inviter à danser la valse ou le tango sur la glace ! 
 
En raison de la seconde guerre mondiale, le hockey sur glace féminin s’interrompit à Paris tout comme à Chamonix mais ces dames, contrairement à leurs homologues masculins, ne reprirent pas le chemin des patinoires après la libération. En effet, le hockey sur glace féminin était venu trop tôt dans une époque encore misogyne et ce ne fut donc qu’un feu de paille vite éteint. Il faudra attendre quarante ans pour que le hockey sur glace féminin renaisse de ses cendres en France. Ce retour fut d’autant plus long et laborieux qu’entre-temps, la Fédération française des sports de glace avait ajouté dans son règlement un article qui interdisait formellement la pratique du hockey sur glace en compétition aux personnes du sexe féminin.
 
Les premiers signes de la réapparition du hockey féminin eurent lieu dans les années 1970 dans la station de Villard-de-Lans où deux équipes de filles se formèrent. A l’image de ce qui s’était passé à Paris, la concurrence entre les « Panthères roses » et les « Cosmos » fut grande puisque, dans cette station de l’Isère, chaque équipe féminine avait son propre bar dans le village et ses propres supporters. Des matches non officiels furent régulièrement organisés sur le plateau du Vercors ou dans les stations et ils attirèrent parfois plus de mille spectateurs !
 
C’est à cause de ce règlement misogyne imposé par la FFSG qu’un grand nombre de filles, passionnées par le hockey sur glace, se tournèrent un temps vers la ringuette, un dérivé de ce sport où la crosse n’a plus de palette et où le palet est remplacé par un anneau. Mais devant le nombre croissant des licenciées de ringuette, la FFSG décida finalement de changer son règlement et elle autorisa à nouveau officiellement la pratique du hockey sur glace féminin en 1985.
 
Si la Fédération de tutelle décida de changer d’attitude, c’est pour une large part grâce à la bataille juridique que décida d’engager une jeune fille de Strasbourg, Angela Lezziero. La hockeyeuse alsacienne, à qui on interdisait de pratiquer son sport favori comme son frère jumeau Alexandre, obtint en effet gain de cause en 1985 après avoir déposé un recours devant le Conseil d’état. Le premier club féminin de hockey sur glace affilié à la FFSG fut celui de Grenoble le 18 avril 1985.
 
 
 
 
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