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Hockey sur glace - Tribune libre de Tristan Alric
Hockey sur glace - 39 / EXPATRIÉS : PEUT-ON ARRÊTER L’HÉMORRAGIE ?
 
Les meilleurs hockeyeurs français, parmi lesquels se trouvent beaucoup de jeunes espoirs tricolores, continuent à s’expatrier en grand nombre chaque saison vers les pays étrangers dévitalisant ainsi nos championnats de France. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, ne cache pas sa grande frustration devant cette hémorragie de talents et met ce problème récurrent en perspective.
 
 

Tribune N°39

 
-  EXPATRIÉS : PEUT-ON ARRÊTER L’HÉMORRAGIE ? -
 

Quand j’assiste aux matches de la Ligue Synerglace Magnus, un championnat qui est censé être la vitrine du hockey sur glace « français », j’avoue que j’éprouve toujours un grand regret. C’est la présence omnipotente d’une dizaine de renforts étrangers dans chaque équipe qui me gêne. Pourtant, je suis loin d’être xénophobe !
Que l’on recrute avec parcimonie quelques renforts venus hors de nos frontières, je suis pour ! En revanche, quand il s’agit de la moitié de l’effectif d’une équipe, je suis contre !
Je n’ignore pas que la FFHG tente de limiter ce recrutement extérieur pléthorique en imposant des quotas progressivement plus restrictifs. Malheureusement, jusqu’à présent, cette limitation concerne la Division 1 qui est passée à huit renforts étrangers autorisés cette saison, puis à sept la saison prochaine. Quant à la Division 2, le quota est désormais de cinq renforts étrangers au maximum autorisés et en division 3 seulement trois avec une équipe plus importante comptant 22 joueurs.
 
Concernant la Ligue Magnus, je rêve d’un championnat élite dans lequel pourraient participer les « Jeunes coqs élevés en extérieur » et la fameuse « Génération enchantée » pour reprendre les titres de deux articles publiés par le journal L’Equipe d’abord en mai 2017 puis au mois d’avril 2021. En effet, je trouve dommage qu’on ne puisse pas voir évoluer sur nos patinoires nos hockeyeurs, la plupart internationaux, qui jouent actuellement en Suisse comme Jordann Bougro (23 ans), Enzo Guebet (21 ans), Thomas Thiry (23 ans), Eliot Berthon (29 ans), Tim Bozon (27 ans) et Floran Douay (26 ans). Je suis également très frustré de ne pas voir dans notre championnat élite ceux qui jouent en Finlande comme Emil Tavernier (17 ans), Gabin Ville (24 ans), Hugo Gallet (24 ans), Charles Bertrand (30 ans) et Yohann Auvitu (32 ans), sans oublier les expatriés en République tchèque comme Jordann Perret (27 ans), Valentin Claireaux (30 ans) et Pierre Crinon (26 ans).
 
Comme je suis avant tout cocardier et patriote, j’estime que la Ligue Magnus, devrait montrer une image réellement représentative du hockey sur glace français. Que les clubs utilisent quatre ou cinq renforts étrangers par équipe maximum, comme c’est le cas par exemple en Suisse, serait à mon avis le meilleur dosage. En quête permanente d’une véritable représentativité nationale, le hockey français aurait grand intérêt à voir évoluer dans son championnat élite ses meilleurs jeunes représentants qui se sont également exilés aux Etats-Unis comme Justin Addamo (22 ans), Louis Boudon (23 ans) et Hugo Allais (19 ans) ainsi que Guillaume Leclerc (25 ans) en Slovénie et deux autres plus expérimentés comme Anthony Rech (29 ans) qui joue en Allemagne et Teddy Da Costa (35 ans) en Pologne.
Comme on le voit, la France ne manque pas de représentants talentueux à l’étranger et on a bien le droit de rêver un peu !
 
Je regrette également l’absence de nos meilleures hockeyeuses dans le championnat de France féminin. Là encore, le hockey français possède de bonnes joueuses comme les hockeyeuses qui jouent actuellement en Suisse : Caroline Baldin (28 ans), Gwendoline Gendarme (30 ans), Marie-Pierre Pélisson (26 ans), Betty Jouany (29 ans) et Caroline Lambert (26 ans). En Finlande, nos représentantes sont au nombre de quatre : Athéna Locatelli (30 ans), Emmanuelle Passard (29 ans), Clara Rozier (24 ans) et Estelle Duvin (24 ans). Trois autres françaises jouent par ailleurs en Suède : Marion Allemoz (32 ans), Lore Baudrit (30 ans) et Margot Desvignes (21 ans). Quant aux autres filles expatriées à l’étranger, il s’agit de Chloé Aurard (22 ans) aux Etats-Unis et Lara Escudero (28 ans) en Hongrie sans oublier plusieurs françaises qui jouent également au Canada !
 
Chez les garçons comme chez les filles, le hockey sur glace français sera-t-il capable d’endiguer un jour son hémorragie et retenir dans l’hexagone la plupart de ses meilleurs représentants ? Michael Juret, (photo ci dessus) le président des Ducs d’Angers, dont l’équipe professionnelle possède un bataillon de dix renforts canadiens, assume ce choix et s’en explique avec une réelle franchise : « Lors du recrutement en début de saison, on commence toujours par essayer d’aller chercher avant tout des joueurs français pour composer notre équipe. Il faut déjà savoir qu’à niveau égal un hockeyeur français coûte désormais plus cher qu’un renfort étranger. C’est l’inverse de ce qui se passait il y a encore une vingtaine d’années ! De plus, ce n’est pas facile de faire signer des compatriotes de bon niveau car leur nombre est trop restreint dans le marché français. A cause de la concurrence, les présidents et les entraîneurs se battent souvent pour obtenir les mêmes profils. Mais croyez-moi, je ne demande pas mieux que de faire jouer des hockeyeurs français ! Par exemple, je rêve de faire revenir à Angers Valentin Claireaux. Je suis prêt à m’aligner financièrement pour le récupérer ! Malheureusement, il évolue actuellement dans le championnat tchèque qui est beaucoup plus renommé et compétitif que la Ligue Magnus. »
 
Concernant nos joueurs les plus ambitieux, l’incapacité du hockey sur glace français à leur proposer un championnat de la Ligue Magnus aussi attractif qu’à l’étranger (même si son niveau progresse) est effectivement un grand handicap qui pousse les tricolores à s’exiler. Mais il ne doit pas occulter un autre problème qui se pose dès le début de la carrière de nos joueurs dans le hockey mineur. En l’absence d’une formation véritablement performante qui produirait une concurrence beaucoup plus grande, nos jeunes espoirs ont donc, là encore, une seule alternative. Celle de partir se perfectionner hors de nos frontières dès le plus jeune âge ou être démarchés par les deux ou trois grands clubs français qui en ont les moyens. La destination de nos jeunes hockeyeurs prometteurs la plus prisée est la Suisse frontalière où le maillage des équipes est plus dense avec des déplacements plus courts et dans un pays qui n’est pas soumis à la règlementation européenne. Quant aux plus âgés, ils choisissent de tenter leur chance dans la deuxième division Finlandaise (La Mestis), ou dans d’autres pays européens ainsi que dans les championnats universitaires nord-américains.
 
Conscient de cet exode massif de nos espoirs, Michael Juret regrette cette émigration précoce : « Concernant nos jeunes joueurs, je trouve dommage qu’ils succombent à l’appel des sirènes notamment celui de la Suisse. S’il y a quelques réussites, il y a surtout pas mal de casse. L’expérience prouve qu’ils percent rarement en s’exilant là-bas très jeunes et ils reviennent souvent déçus. Je ne crois pas personnellement au déracinement qu’on leur impose. »
Pourtant, l’international Florian Douay, natif de Sallanches en Haute-Savoie (photo ci dessus), qui est parti continuer son apprentissage dans la Suisse voisine dès l’âge de 12 ans, pourrait lui répondre que l’association qui forme les jeunes joueurs du Servette, baptisée « Genève futur hockey », a un budget équivalent de celui du club de Gap tout entier ! Dans cette association helvétique, il y a onze employés à plein temps, dont sept entraîneurs, qui encadrent 120 jeunes hockeyeurs avec un partenariat qui a été conclu avec une clinique du sport pour un suivi médical poussé. Bref, c’est un autre monde !
 
Ces nombreux départs à l’étranger sont d’autant plus regrettables que, paradoxalement, le hockey sur glace français prouve régulièrement qu’il est capable de créer quelques « pépites » à l’état brut qui n’ont rien à envier avec les pays étrangers. La présence de plusieurs tricolores qui évoluent actuellement dans la NHL ou dans la KHL sont les plus beaux exemples. Si nos « pépites » étaient mieux exploitées et « polies » dès leur plus jeune âge sur nos propres patinoires et dans un cadre plus efficace, ces futurs espoirs prometteurs, qui n’auront pas tous la chance d’intégrer un jour la NHL ou la KHL (deux circuits majeurs qui ne se refusent pas), pourraient être tentés de continuer à jouer chez nous beaucoup plus longtemps et, pourquoi pas, assurer plus tard le spectacle lors des matches de notre championnat de France élite.
 
En effet, contrairement à une idée reçue, dans le championnat de la Ligue Magnus, pour prendre l’exemple de notre « vitrine », selon le président des Ducs un renfort étranger perçoit en moyenne un salaire de 2500 euros par mois alors que le joueur français touche environ 3000 euros avec, en plus, une voiture et un appartement à sa disposition. « En tout cas, je parle de ce qui se passe dans mon club, confie Michael Juret. Si le renfort français touche souvent un peu plus que l’étranger, c’est parce que le club n’a pas à payer la licence internationale qui est chère. Je vous le répète, notre club fait tout pour attirer des hockeyeurs français ! Le plus bel exemple chez nous, c’est Robin Gaborit qui a joué d’abord à Rouen, au Mont-Blanc puis à Briançon avant de venir à Angers en 2012. Il joue donc avec les Ducs depuis presque dix ans. Aujourd’hui, à l’âge de trente ans, il possède un beau pavillon à Angers avec une piscine, il a une belle voiture mais aussi une moto… Vous voyez, il ne faut pas dire que l’exil à l’étranger est une nécessité absolue pour avoir des conditions de vie meilleures que dans le hockey sur glace français. »
 
Ce bel exemple de réussite, à la fois sportive et pécuniaire, n’étant pas une généralité, pour preuve Alain Cheval, le président du club de Mulhouse, explique : « Chez nous les salaires démarrent à 800 euros pour les joueurs français et l'internationnal Kevin Hecquefeuille qui dispute sa cinquième saison avec nous est le seul à atteindre 3000 euros sur douze mois. » Je continue donc à me poser la question : le hockey français sera-t-il capable d’arrêter l’hémorragie ? Je réponds oui, à condition déjà que la formation de nos jeunes joueurs devienne beaucoup plus productive et performante. Cela passe par la création de centres de formation dans tous les clubs pour constituer un véritable réservoir et se mettre au même niveau d’apprentissage que dans les autres pays européens. Ensuite, que nos championnats, notamment celui de la Ligue Magnus, deviennent plus attractifs sportivement et structurellement en donnant une préférence et une place prépondérante aux hockeyeurs français. De plus, les constructions récentes de nouvelles patinoires mieux adaptées au professionnalisme comme par exemple celles du Polesud de Grenoble ou de l’Iceparc d’Angers peuvent être un argument supplémentaire pour séduire nos meilleurs joueurs en leur proposant des conditions techniques plus appropriées. 
 
Je constate toutefois avec plaisir que cinq entraîneurs français dirigent actuellement des clubs dans la Ligue Magnus : Fabrice Lhenry à Rouen (depuis 2015), Olivier Dimet à Bordeaux (il a succédé à Philippe Bozon), Jonathan Paredes à Cergy, Anthony Mortas à Amiens et Eric Blais à Gap.
Je ne doute pas que tous nos entraîneurs français (sans oublier ceux qui sont coaches dans les autres divisions), ont bien conscience que la progression du hockey sur glace tricolore ne pourra pas se faire en utilisant en permanence de nombreux renforts étrangers pour obtenir des résultats immédiats en leur donnant un rôle privilégié sur la glace. Mais ont-ils réellement le choix face à une réalité sportive et économique ? Malheureusement, les joueurs français qui sont recrutés par obligation dans leurs équipes de la Ligue Magnus afin de remplir le quota imposé de JFL, n’ont pas toujours le niveau requis pour évoluer dans l’élite contrairement à ceux qui se sont exilés. C’est là que le bât blesse !
 
En dépit de la pression qu’ils subissent, nos entraîneurs ne devraient pas être obligés de reléguer les joueurs français au second plan en ayant à leur disposition nos meilleurs expatriés afin de pouvoir leur donner un rôle véritablement valorisant. C’est à la fois une question de bon sens pour garantir la progression de nos hockeyeurs, mais aussi une question de morale patriotique. Ceci dit, j’ai bien conscience qu’on ne peut pas en vouloir à nos jeunes espoirs qui rêvent de vivre par ailleurs une expérience beaucoup plus enrichissante à l’étranger dans tous les sens du terme. Car, en plus du dépaysement, ils pourront véritablement progresser dans des structures beaucoup mieux aménagées pour leurs études et la pratique du sport.
Bref, même si je prends mes désirs pour des réalités, je sais bien que dans l’état actuel des choses l’émigration de nos meilleurs hockeyeurs risque de durer encore longtemps…

Photo 1 : Photographe : Claude Arés (Archives)
Photo 4 : Enzo  Guebet

 

 


Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.


 
 
Lieu : Média Sports LoisirsChroniqueur : Tristan Alric
Posté par Christian Simon le 12/11/2021 à 11:30
 
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Réactions sur l'article
 
StephLions69 a écritle 11/12/2021 à 11:56  
Pas de surprises à ce problème ! Vus les maigres moyens financiers de nos clubs à part un ou deux, vus les salaires de misère payés aux joueurs face à des salaires bien plus importants dans d'autres championnats, vus les maigres résultats de notre équipe nationale et des clubs en coupe d'Europe (exception du quart de Rouen de cette année), vue la pauvreté de la couverture médiatique du hockey en France, nos meilleurs joueurs s'expatrient. On ne pourra l'empêcher qu'avec des clubs plus développés, plus dotés et sains, avec des salaires convenables et des règles strictes. Mais tout cela n'est que le résultat des années de présidence si pauvre et en manque de courage selon moi de M. Tardif parti depuis quelques temps "nuire" (à mon avis) ailleurs. Car quelle aide a-t-il apporté aux clubs pour se développer et être moins justes financièrement ? Quelles idées ou solutions a-t-il avec son équipe apporté pour développer la médiatisation de notre sport ? N'est-il pas celui qui a mis en place M. Bozon à la tête de l'EDF dont on a vu les derniers résultats (pas de jeux !) ? Enfin les quotas sont sans courage à mon avis. Regardons ce qu'ont imposé il y a quelques années nos voisins suisses avec courage et regardons où en est leur NATI et le niveau de leur championnat en plus des niveaux de fréquentation des patinoires. Pas de solutions si on continue comme ça et donc si on continue avec les mêmes, c'est à dire l'équipe actuelle en intérim à mon avis malheureusement.
 
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