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Hockey sur glace - Tribune libre de Tristan Alric
Hockey sur glace - 47 / COUPE DE FRANCE : UNE HISTOIRE FOLLE !
 
La FFHG a décidé de changer le trophée qui sera remis au vainqueur de la Coupe de France la saison prochaine. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, raconte l’histoire agitée très méconnue de cette compétition et il fait une révélation surprenante.
 
 

Tribune N°47

 
- COUPE DE FRANCE : UNE HISTOIRE FOLLE ! -
 
A l’issue de la dernière finale de la Coupe de France, organisée exceptionnellement dans l’Aren’Ice de Cergy (Victoire d’Angers sur Gap 5-4 après prolongations), une annonce concernant le trophée emblématique de cette épreuve n’est pas passée inaperçue ! En effet, lors d’une conférence de presse, Pierre-Yves Gerbeau, le président de la FFHG, a confié aux journalistes : « La belle soupière est un peu abîmée… Elle a bien vécu. On va donc la ranger et faire voter nos fans pour décider entre trois nouveaux trophées ayant un design différent. Celui qui aura reçu le plus de votes sera remis au club vainqueur de la prochaine édition en 2023. Cela va être sympa ! Je confirme qu’on va changer de trophée, c’est dans l’air du temps... »
 
Cette décision inattendue de changer de trophée n’est qu’un épisode supplémentaire dans l’étonnante histoire de la Coupe de France qui s’est déroulée pendant longtemps dans une grande confusion à cause de son parcours chaotique et très mouvementé depuis sa création il y a tout juste 50 ans cette année. Un demi-siècle de compétition pendant lequel les amateurs de hockey sur glace ont été souvent désorientés !
En effet, il faut se souvenir que la Coupe de France fut dans un premier temps sans cesse modifiée et fut même suspendue à plusieurs reprises. Au point d’être très difficile à suivre et fut incapable de fidéliser le grand public.

Pourtant, la première finale de cette épreuve, qui s’est déroulée le samedi 15 avril 1972 dans la patinoire de Châlons-sur-Marne (Chamonix a battu Villard-de-Lans 8-2) laissait présager le début d’une nouvelle compétition à la fois intéressante et surtout pérenne dans le temps. Les hockeyeurs de cette finale historique ont d’ailleurs profité de leur séjour dans cette ville, rebaptisée depuis 1995 « Châlons-en-Champagne », pour visiter des caves de ce célèbre vin mousseux. Inutile de dire que la fête qui a réuni ensemble les joueurs chamoniards et villardiens laissa des souvenirs très pétillants…

Mais un premier changement intervenu dès 1979 cassa un peu l’ambiance dans le déroulement de la Coupe de France puisque cette compétition, jusqu’ici ouverte à tous comme dans le football, fut réservée cette année-là uniquement aux clubs de l’ancienne Nationale C devenue ensuite la Division 3. Deux ans plus tard, la coupe changea à nouveau de format avec le retour des clubs de la Nationale A (Ligue Magnus aujourd’hui) et l’organisation provisoire de deux matches sous la forme d’une finale en matches aller-retour.
A peine avaient-ils eu le temps de se familiariser avec cette épreuve que les fans de hockey sur glace continuèrent à être déroutés par les tâtonnements et les hésitations des dirigeants fédéraux. En effet, dès la saison suivante, ce furent à nouveau uniquement les clubs de la division 3 qui purent participer à la Coupe de France.
Comme si cela ne suffisait pas à la rendre incompréhensible, cette compétition annexe disparut ensuite pendant une longue période de sept ans entre 1987 et 1993 !

Lors de la saison 1993-1994, la Coupe de France revint à nouveau « provisoirement » dans le calendrier sportif avec cette fois en lice les seize équipes de la Nationale A, regroupées en poules géographiques. Et comme la coupe se disputa en même temps que les divers regroupements de l'équipe de France qui préparait les Jeux olympiques d’hiver de Lillehammer, elle se joua sans les internationaux...
Bref, on l’a compris la Coupe de France n’était pas encore considérée à l’époque comme une compétition très valorisante et sérieuse, mais elle servait uniquement de bouche-trou et de palliatif dans un calendrier devenu inextricable.

C’est ce qui explique sans doute la banalité du tout premier trophée qui fut offert au club vainqueur. Il s’agissait d’une simple coupe métallique très ordinaire, en forme de tête d’obus renversée, sur laquelle était collé un petit médaillon représentant un hockeyeur en action devant une cage.
Pour couronner le tout, on assista à une nouvelle traversée du désert avec l’arrêt de la compétition puisqu’en 2000, le énième retour de la Coupe de France eut lieu, tel un serpent de mer apparaissant par intermittence, après… cinq ans d'absence ! Cette fois, les neuf clubs de la Ligue élite (il manquait Bordeaux relégué en D3) et les sept meilleurs clubs de la Division 1 furent autorisés à y participer mais pas les autres divisions.

Ce n’est qu’après une nouvelle « disparition » pendant la saison 2000-2001, que la Coupe de France fut enfin mieux prise en considération et fut définitivement programmée régulièrement. On comptabilise donc à ce jour un total de 20 finales consécutives disputées en un seul match. Mais comme on ne perd pas facilement les mauvaises habitudes dans cette compétition décidément vouée à une instabilité chronique, le règlement changea une fois encore puisque les clubs qualifiés pour la finale de la Coupe de France purent disputer cette rencontre unique souvent à domicile à savoir successivement à Besançon (2002), à Annecy (2003) et à Grenoble (2004). Puis, la patinoire de la station de Méribel devint pendant deux ans (2005 et 2006) le lieu de rendez-vous neutre de cette épreuve.
 
Il faudra attendre la création de la FFHG pour que la finale de la Coupe de France devienne enfin, à partir de 2007, un rendez-vous incontournable et très prisé chaque saison. D’autant que les nouveaux dirigeants fédéraux ont eu l’excellente idée de la programmer systématiquement sur la grande patinoire de Bercy malgré le coût de location élevé qui représentait un gros risque financier. Le pari fut réussi puisque la finale de la Coupe attire depuis cette date un public chaque fois impressionnant avec plus de 11 000 spectateurs. Les deux seules exceptions dans la programmation (excusables cette fois) furent la finale disputée à Marseille en 2015 à cause des travaux d’agrandissement de Bercy et la dernière finale disputée à Cergy en 2022 à cause de la situation sanitaire liée au Covid et des restrictions en vigueur.

On notera un autre changement important survenu en 2007 dans la Coupe de France puisque le nom de Pete Laliberté fut désormais associé au trophée de cette compétition afin de lui rendre un hommage posthume bien mérité après le décès du légendaire entraîneur national au mois de juillet 2006 à l’âge de 76 ans. Depuis la disparition du coach canadien, son épouse Aline « Kouky » Laliberté, ainsi que sa fille Johanna, ont été régulièrement invitées pour assister à la grande finale organisée dans la grande patinoire de l’AccorHotels aréna de Paris.

Ce que beaucoup ignorent, c’est que le deuxième trophée de la Coupe de France qui allait devenir emblématique à savoir - la fameuse « soupière » - ne fut créée et mise en jeu qu’en 2003. A l’époque, Jean-Louis Millon était le président de la Commission du hockey au sein de la fédération de tutelle des sports de glace, une commission nationale qui précéda l’Autorité Exécutive du Hockey Français (AEHF) présidée ensuite par Luc Tardif.
Ce fut donc Jean-Louis Millon qui se chargea de faire fabriquer ce trophée en commandant une coupe que son comité voulut « imposante » à l’un des fournisseurs de la FFSG après avoir lancé un appel d’offre. C’est le modèle de trophée proposé par Patrick Partouche, le président actuel du club d’Amnéville, qui fut choisi. En effet, l’ancien gardien de but, qui travaillait à ce moment-là dans l’entreprise Agire Sérigraphie (spécialisée dans les objets, trophées et textiles publicitaires), prit donc l’initiative de faire fabriquer la nouvelle Coupe de France par un sous-traitant situé près de Nancy.

Une incroyable révélation !
 
Jean-Louis Millon raconte la suite des événements en donnant la version officielle qui était jusqu’à aujourd’hui la seule connue et qui ne manque pas de sel quand je vous aurais dévoilé un véritable scoop ! En effet, le prédécesseur de Luc Tardif raconte en toute bonne foi ce que tout le monde croyait jusqu’ici.
« Lors de sa création, il était prévu que la Coupe de France serait donnée provisoirement au vainqueur, confie Jean-Louis Millon. Elle devait ensuite être transmise la saison suivante au club qui la remporterait. Malheureusement, le club de Villard-de-Lans, qui fut le premier à remporter la nouvelle Coupe en 2003 (sur la patinoire d’Annecy face à Anglet), profita d’une fête dans la station de l’Isère pour l’exposer au public. Malencontreusement, la coupe a été malmenée, elle est tombée et elle s’est brisée ! La Commission nationale a donc été obligée de commander immédiatement une coupe presque identique pour pouvoir la remettre en jeu les saisons suivantes. Afin d’éviter un nouveau malheur, la Commission nationale a décidé dès 2004 de garder le trophée original de la Coupe de France au siège de la FFSG, puis à celui de la FFHG lors de sa création. Nous avons fait savoir que le vainqueur se verrait remettre désormais une coupe identique à l’originale mais avec des dimensions plus petites. »
 
Ce que Jean-Louis Millon va apprendre avec certainement un grand étonnement en lisant cette tribune, c’est que cette histoire de coupe brisée fut totalement inventée ! En effet, l’ancien international Louis Smaniotto, qui était à l’époque le trésorier du club de Villard-de-Lans a utilisé cette allégation imaginaire pour pouvoir conserver définitivement la coupe sur le plateau du Vercors ! Ce subterfuge prémédité put réussir car la FFSG ne prit même pas la peine de venir vérifier la véracité de la prétendue dégradation involontaire de la coupe et de sa destruction…
Louis Smaniotto révèle enfin son secret sans aucun état d’âme et avec beaucoup de malice : « J’assume totalement ce mensonge ! Je voulais absolument conserver ce beau trophée dans notre patinoire. Je vous rappelle que le club de Villard avait disputé la première finale en 1972 contre Chamonix. De plus, mon club avait pu remporter cette fois la Coupe de France en 1977 contre Tours lors de la finale qui s’est disputée dans la patinoire Charlemagne de Lyon. Après notre deuxième victoire en 2002, contre Anglet dans la patinoire d’Annecy, j’ai estimé qu’on méritait bien de garder la coupe de France pour l’exposer dans notre petit musée local où se trouvent tous nos trophées. »
 
On pardonnera au sympathique Louis Smaniotto, élu à l’unanimité au Temple de la Renommée de la FFHG en 2016, cette blague de potache pour le moins cocasse qui partait d’un bon sentiment et dont les faits sont de toute façon prescrits depuis presque vingt ans ! Sur la photo ci-contre, on peut le voir exhibant fièrement les deux trophées. A droite, il s’agit de la toute première Coupe de France assez banale (en forme de tête d’obus renversée) qui fut remise après la victoire du club de Villard-de-Lans en 1977. A gauche, l’impressionnante « soupière » remportée en 2003 qu’il avait adroitement subtilisée en prétextant une prétendue détérioration irréversible. On remarquera de légères différences entre cette coupe et celle de remplacement, un peu moins imposante et plus amincie, qui fut mise en jeu dès 2004 (Visible au centre de la photo du haut).

Après la déclaration récente du président Pierre-Yves Gerbeau, il restait maintenant à savoir quel choix serait fait concernant la nouvelle Coupe de France dont le trophée, si l’on en croyait les trois projets proposés au vote du public, devait avoir « un design plus moderne ». Depuis l’annonce de cette consultation publique par la FFHG les réactions ne semblaient pas très positives sur les réseaux sociaux qui reprochaient à ces trois nouveaux projets mis en concurrence d’avoir un aspect beaucoup moins clinquant et faisaient plutôt penser à des trophées de bas de gamme. Avant même le résultat du vote, beaucoup regrettaient déjà la bonne vieille « soupière » qui était devenue emblématique après vingt ans d’existence.

Finalement, c’est le trophée représentant des crosses à l’envers soutenant une coupe qui a recueilli près de 1000 votes sur plus de 1700 au total. Il faut lui reconnaître un brin de modernité. Le fils de Pete Laliberté, qui s’est expatrié depuis longtemps dans le pays natal de son père et qui travaille désormais à Ottawa comme réalisateur-producteur de Radio Canada, a fait savoir qu’il trouvait cette nouvelle coupe : « sobre et aiguisée comme papa… » Le sympathique Sacha l’a donc en quelque sorte adoubée.
Cette Coupe de France newlook sera remise pour la première fois au vainqueur de l’édition 2023. Pour mémoire, c’est le club de Rouen qui s’est imposé le plus souvent dans cette compétition en remportant la Coupe de France à six reprises, suivi par Grenoble qui a remporté quatre victoires, puis Angers et Chamonix qui se sont imposés trois fois.
 
 
 


Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.


 
 
Lieu : Media Sports LoisirsChroniqueur : Tristan Alric
Posté par Christian Simon le 04/03/2022 à 11:30
 
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