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Hockey sur glace - Tribune libre de Tristan Alric
Hockey sur glace - 56 / CE SERA LE CENTIÈME TITRE DE L’HISTOIRE !
 
Historien du hockey sur glace français, Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, raconte dans quel contexte a débuté le championnat de France senior élite qui décernera cette saison son centième titre national.
 
 

Tribune N°56

 
-  CE SERA LE CENTIÈME TITRE DE L’HISTOIRE !  -
 
Le championnat de France de la Ligue Magnus s’apprête à vivre un grand événement cette saison. En effet, à la fin de la compétition sera décerné le centième titre de champion de France ! Ce sera une motivation supplémentaire pour les douze clubs de l’élite qui vont participer cette année à la Ligue professionnelle « Synerglace ». Remporter le centième titre de l’histoire du hockey sur glace français n’arrive qu’une seule fois, ce sera donc un motif très gratifiant pour nos clubs qui rêveront tous d’un sacre aussi symbolique.

Je rappelle que si en 1907, le Sporting Club de Lyon a été le premier à s’adjuger le titre de champion de la « Première Série » (l’ancienne appellation utilisée jusqu’en 1973), le déroulement du championnat de France élite de hockey sur glace n’a pas été ensuite permanent puisque la compétition fut interrompue à neuf reprises au total.
Ce fut le cas peu après la création du championnat avec une organisation très erratique à cause du nombre très limité à l’époque des clubs en France, puis surtout à cause des interruptions pendant les deux guerres mondiales. Il faut ajouter que récemment, au mois de mars 2020, le championnat de la Ligue Magnus a été annulé au stade des demi-finales à cause cette fois de la pandémie du Covid 19.
 
Pour toutes ces raisons, il ne faut pas confondre le centième titre qui sera décerné cette saison avec l’anniversaire du « centenaire » que la FFHG a commémoré en 2008 puisqu’il s’agissait des cent ans du calendrier depuis le premier titre décerné au siècle dernier (1907-2008). A cette occasion, un grand rassemblement a eu lieu dans la station de Chamonix avec une fête regroupant de nombreuses personnalités de notre discipline qui furent invitées à se retrouver dans le fief du club le plus titré du hockey sur glace français (30 sacres).
Cet événement fut très symbolique car tous les invités présents à cette cérémonie exceptionnelle ont eu le sentiment de se rendre en pèlerinage dans un lieu historique et de revenir ainsi à la « source » de leur sport favori.

Concernant cette nouvelle saison 2022/2023, quel nom sera donc le centième à s’inscrire dans le palmarès du championnat de France au mois d’avril prochain ? Des grands clubs comme Grenoble (tenant du titre), Angers, Rouen ou encore Amiens en rêvent bien sûr, mais leurs huit autres adversaires seront également sur les rangs avec peut-être des arguments à faire valoir, les paris sont donc ouverts.
Je profite de cette célébration du centième titre pour expliquer après quel processus de gestation et dans quel contexte a été créé le championnat de France de hockey sur glace au début du siècle dernier.

TOUT COMMENCE A VERSAILLES
 
Pour commencer, cela fait exactement 130 ans cette année que le hockey sur glace a fait sa toute première apparition informelle en France dans un environnement inattendu et un cadre grandiose. En effet, à la fin de l’année 1892, le Baron Pierre de Coubertin proposa à un ami canadien d’initier quelques patineurs parisiens au « hockey sur la glace » comme on appelait encore à l’époque ce sport inconnu, en jouant sur le grand canal du château de Versailles qui était en partie gelé. Pour l’occasion ces pionniers utilisèrent une simple balle et des cannes courbées de Bandy, une forme de hockey ancestral jouée sur des « champs de glace » aux Pays-Bas dès le XVIe siècle.

La même année, le 12 octobre 1892, une première patinoire artificielle, baptisée le « Pôle Nord », fut construite et inaugurée au numéro 18 de la rue de Clichy à Paris, non loin de la gare Saint-Lazare. Malgré ses petites dimensions (40 mètres sur 18) son succès populaire fut extraordinaire même si cette patinoire ne durera que six ans seulement pour des raisons financières. Elle utilisait un nouveau système pour produire de la glace mis au point par l’entreprise Stoppani à savoir une matière synthétique pour faire la glace. Pas moins de douze mille personnes se ruèrent dans la patinoire le jour de son inauguration ! Cet énorme succès commercial poussa rapidement à une autre construction de patinoire.

En effet, un an après l’ouverture du « Pôle Nord », la ville de Paris s’équipa d’une deuxième patinoire sur le rond-point des Champs-Elysées qui avait la particularité cette fois d’avoir une petite piste de glace circulaire de 900 mètres carrés. Les conditions pour faire du hockey n’étaient donc pas idéales.
Mais il faut se rappeler qu’à cette époque les hivers étaient beaucoup plus froids qu’aujourd’hui et de nombreuses étendues d’eau, qui se trouvaient en plein air, étaient parfois complètement prises par les glaces pendant la saison hivernale. Ce fut notamment le cas de plusieurs lacs situés dans la région parisienne comme à Versailles, à Enghien, au Vésinet, à Ville-d’Avray, à Vincennes, Saint-Mandé, Villebon, Daumesnil ou encore dans le bois de Boulogne.

On notera que lors de l’année 1894, un canadien venu de Kingston dans l’Ontario, qui s’appelait George Alfred Meagher, arriva à Paris avec dans ses bagages plusieurs crosses de hockey sur glace. Ce furent les prémices de notre futur championnat national. Car, pendant son séjour de sept mois dans la capitale, ce joueur, qui avait participé au premier match de hockey sur glace de l’histoire en 1875 à Montréal, en profita pour donner des cours et initier ainsi ce sport jusqu’ici inconnu en France. D’autant que le Canadien eut la bonne idée de capter l’intérêt du public français en organisant rapidement un petit championnat amical improvisé sur tous les lacs gelés qui étaient disponibles dans la région parisienne.

C’est ainsi que le premier match de hockey sur glace en France fut organisé le 12 décembre 1897 dans la patinoire du Pôle Nord contre le Prince’s club de Londres. Il y eut en fait deux rencontres dans cette même journée historique. Les jeunes patineurs parisiens, qui étaient encore des néophytes, furent nettement dominés par des adversaires beaucoup plus aguerris et ils encaissèrent deux sévères défaites 23-6 et 15-1. Par la suite d’autres rencontres amicales en plein air, pour faire uniquement un spectacle de démonstration, furent organisées suite à la création spontanée et éphémère de plusieurs petites équipes de hockey sur glace comme celle des Patineurs de Versailles ou… des footballeurs du premier arrondissement de Paris ! En effet, ces derniers voulaient s’amuser eux-aussi sur la glace au risque parfois de prendre des bains glacés.

Il faut savoir qu’à l’époque une équipe de hockey n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Elle était composée uniquement de sept joueurs pour les rencontres disputées sous abri et neuf joueurs au maximum lorsque le match se jouait en plein air. Avec un effectif aussi réduit, ils restaient donc en permanence sur la patinoire qui était délimitée avec de simples morceaux de bois posés au sol.
La nouvelle étape importante dans l’histoire de la création du futur championnat de France de hockey sur glace fut l’ouverture d’une patinoire, baptisée le « Palais de glace », inaugurée cette fois à Lyon dès 1898 dans une grande salle qui se trouvait à l’entrée de l’ancien musée Guimet. Ce fut un événement rare à l’époque puisqu’il n’existait donc jusqu’ici que deux petites patinoires artificielles en France, toutes situées à Paris : « le Pôle Nord » puis celle du Rond-point des Champs-Elysées.

Au mois de décembre 1905, les choses se précisèrent pour la création du championnat de France. En effet, un petit groupe de patineurs parisiens et lyonnais, parmi lesquels se trouvait Louis Magnus (futur quadruple champion de France de patinage artistique de 1908 à 1911), discutèrent jusqu’à 1 heure du matin dans la capitale pour définir les règles de jeu et surtout la définition exacte de la crosse et du palet. Ces derniers décidèrent donc d’abandonner la petite balle et le bâton courbé du bandy, pour adopter les accessoires en vigueur dans le hockey sur glace canadien.
Du coup, après cet accord historique, la saison 1906-1907 fut donc celle de l’organisation de la première compétition officielle dans l’histoire du championnat de France de hockey sur glace qui opta au départ pour l’appellation « Première Série ». Cette dernière sera rebaptisée seulement en 1973 « Nationale A » soit soixante-sept ans plus tard !
 
LE CHAMPIONNAT DEBUTE A LYON
 
Au début du siècle dernier, c’est dans la ville de Lyon, où trois équipes de hockey concurrentes avaient été créées, que ce championnat de France embryonnaire fut organisé pour la première fois. En effet, le Sporting Club de Lyon élimina d’abord facilement ses deux concurrents locaux à savoir le Star Club et le Hockey Club Lyonnais.
Ensuite, le 26 janvier 1907 eut lieu, toujours dans le Palais de Glace de Lyon, la grande finale du championnat de la « Première série » contre l’unique équipe de la capitale, le Club des Patineurs de Paris. La presse de l’époque relate que 3000 spectateurs enthousiastes assistèrent à cette première finale. L’équipe du Sporting Club de Lyon, qui portait des maillots entièrement blancs (voir photo) et qui était formée de sept joueurs seulement, remporta facilement à domicile le premier titre de champion de France de l’histoire face à Paris à l’issue de deux mi-temps sur le score sans appel de 8-2 (3-1 et 5-1).

Un article de l’époque indique que six buts furent marqués par le capitaine de l’équipe de Lyon qui s’appelait Albert Kimmerling. On notera que ses coéquipiers avaient pour noms : Switzer (gardien), Lehmann et Delon (défenseurs), Gros (demi) ainsi que Grillet et Aubert qui jouaient tous les deux en attaque avec Kimmerling. L’arbitrage de cette finale fut assuré par Daniel Binding, le président du Sporting Club de Lyon, qui se montra « irréprochable ». L’attaquant parisien Lacroix, qui marqua les deux seuls buts de son équipe, reconnut d’ailleurs sportivement que le club de Lyon avait été incontestablement le plus fort.

Si l’équipe du Sporting Club de Lyon était aussi redoutable à l’époque, elle le devait en grande partie à son capitaine très charismatique, Albert Kimmerling, surnommé affectueusement « Kiki », car ce joueur fut incontestablement le meilleur hockeyeur français du début de siècle dernier. Bien avant les deux futures grandes vedettes de Chamonix, Léon Quaglia et Albert Hassler, puisque ceux-ci ne jouaient pas encore.
Si le hockey sur glace français a malheureusement oublié de nos jours le nom d’Albert Kimmerling qui enflammait pourtant le public de l’ancien Palais de Glace de Lyon, l’ancien capitaine du SCL a connu en revanche une très grande célébrité dans un autre domaine, celui de l’aviation car c’était l’une de ses multiples passions sportives avec la course automobile.

En effet, Albert Kimmerling, féru de mécanique depuis ses études au lycée Ampère de Lyon, fut un grand pionnier dans l’aviation qui n’avait alors que quelques années d’existence. Ce brillant hockeyeur connut une gloire nationale en effectuant notamment un vol historique pour rejoindre la ville du Cap avec un biplan Voisin inaugurant ainsi l’aéronautique en Afrique du sud.
Par la suite, Albert Kimmerling contribua également à la formation d’élèves pilotes et à la création de l’école nationale d’aviation de Bron. Malheureusement, il décéda accidentellement pendant un essai de transformation du monoplan Type E en biplace le 9 juin 1912 à Mourmelon près de Reims.

Pour toutes ces raisons, le célèbre « hockeyeur volant » Albert Kimmerling fut élu à juste titre au Temple de la Renommée de la FFHG en 2015 afin que notre discipline n’oublie pas que s’il fut une légende de l’aviation, il fut également l’incontestable héros du premier titre de champion de France de hockey sur glace décerné en 1907.
 Je rappelle qu’Albert Kimmerling est né en 1882 à Saint-Rambert-l’ÎIle-Barbe une ancienne commune française du département du Rhône, annexée à la ville de Lyon depuis le 7 août 1963. Membre d’une famille de banquiers suisses, il avait donc la double nationalité franco-suisse et fut ainsi considéré également comme le premier pilote helvétique de l’aviation. Après des études au lycée Ampère à Lyon, il se lança dans les études mécaniques. Passionné de courses automobiles et de hockey sur glace, Albert Kimmerling fut donc le principal artisan de la victoire du club de Lyon à l’issue du premier championnat de France en 1907.
 



Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.


 
 
Lieu : Media Sports LoisirsChroniqueur : Tristan Alric
Posté par Christian Simon le 29/09/2022 à 11:30
 
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