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Hockey sur glace - Tribune libre de Tristan Alric
Hockey sur glace - 59 / L’IMPRESSIONNANTE DYNASTIE DES BOCHATAY
 
Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, passe en revue l’incroyable arbre généalogique de la famille des Bochatay qui constitue une véritable saga. Tous ses membres ont joué ou dirigent le club de hockey sur glace de la station des Houches en Haute-Savoie depuis plus de cinquante ans.
 
 
Tribune N°59

 
-  L’IMPRESSIONNANTE DYNASTIE DES BOCHATAY -
 
Situé au pied du Mont-Blanc, à six kilomètres à peine de la station de Chamonix, le petit village des Houches (3000 habitants hors saison) possède le club de hockey sur glace certainement le plus atypique de notre pays. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler déjà que ses hockeyeurs ont été contraints de jouer sur une patinoire naturelle et en plein air, donc soumise en permanence aux aléas climatiques, pendant une période incroyablement longue qui a duré 90 ans au total soit presque un siècle !
En effet, si la création de la première piste gelée par arrosage nocturne remonte à 1922, il faudra attendre jusqu’en 2012 pour que la dalle d’une patinoire artificielle soit enfin construite au cœur du village, juste à côté du téléski du Tourchet. Le modeste club de la Haute-Savoie détient ainsi le record de France du hockey sur glace joué « naturellement » le plus long de l’histoire !

Les hockeyeurs des Houches, qui n’avaient accès à leur piste que pendant une courte période hivernale de trois mois (entre le 15 décembre et le 15 mars), se sont longtemps accommodé avec ces contraintes météorologiques, chaussant avant tout leurs patins pour assouvir leur passion sans avoir de véritables prétentions sportives.
Encore aujourd’hui la patinoire des Houches, qui est donc artificielle depuis seulement dix ans, reste malgré tout encore soumise aux aléas du temps puisqu’elle n’a toujours pas été équipée d’un toit. Le seul avantage de l’absence de couverture, c’est d’offrir au public amateur de patinage ainsi qu’aux joueurs un superbe panorama face à la chaîne du mont-Blanc.

L’autre originalité de ce petit club de la Haute-Savoie vient de son aménagement concernant l’accueil de ses pratiquants et de ses visiteurs. En effet, lorsque ces derniers pénètrent dans le petit chalet de la patinoire qui sert pour la location des patins, la décoration intérieure les ramènent à une époque très ancienne et oubliée du hockey sur glace. Il y a effectivement aux Houches un petit musée sans prétention - mais ô combien intéressant – qui est exposé aux yeux des amateurs de patinage.
Les clients peuvent notamment apercevoir sur un présentoir en bois un patin « John Wilson » datant de 1920, mais aussi une bottine « Jackson Hainl » de 1940 ou encore une jambière en cuir de gardien de hockey très usée datant de 1960. Sont également exposées plusieurs vieilles crosses en bois avec des palettes non-courbées tandis qu’une paire de patins portant l’inscription « Interneige 1967 » est suspendue bien en vue sur une poutre du plafond. Ce trophée est un collector car il rappelle que les anciens hockeyeurs des Houches ont participé cette année-là à une célèbre émission de la télévision française animée par Guy Lux qui fut enregistrée à Montana en Suisse, juste de l’autre côté de la frontière.


Les hockeyeurs du club des Houches continuent à jouer en plein air depuis 1922 !
 
On peut voir aussi accroché au mur un plastron de gardien de but de hockey également très usagé datant de 1970 et on peut admirer aussi le petit trésor de cette exposition murale : une ancienne lame de patin en fer qui pouvait s’adapter avec des vis sous la semelle des souliers au début du siècle dernier…
Bref, on l’a compris, si le grand club voisin de Chamonix est considéré par tous les historiens comme le « temple » du hockey sur glace français avec ses trente titres de champion de France, le petit club des Houches, qui se trouve à quelques encablures seulement, est resté finalement lui aussi un sanctuaire mais maintenu beaucoup plus longtemps en marge de la compétition moderne faute de posséder des infrastructures et des moyens financiers suffisants. Toutefois, aux Houches comme me dit l’expression : « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! »

Mais l’autre grande originalité et finalement la plus remarquable du club des Houches vient du fait qu’il est le fief depuis plus de soixante ans d’une impressionnante dynastie familiale qui forme un arbre généalogique tentaculaire et pléthorique comprenant le nombre record de 18 hockeyeurs portant le même nom de famille ! De plus, on peut ajouter au sein de cette étonnante famille trois autres cousins qui portent en revanche des noms différents ce qui nous amène à un total de 21 joueurs liés par le sang !
Une impressionnante dynastie qui mérite d’être saluée dans notre discipline. En effet, les Bochatay ont été non seulement pratiquement tous dans leur vie sportive des pratiquants de hockey sur glace, mais certains d’entre eux furent en même temps des arbitres ou les présidents successifs du club des « Lynx » le surnom donné aux hockeyeurs houchards depuis 1994.

Le plus étonnant, c’est que le club des Houches cultive décidément l’hérédité et l’atavisme dans le hockey sur glace comme nulle part ailleurs si on ajoute dans ses effectifs qui jouent depuis des décennies les six membres de la famille des Crettenand qui ont tous évolué eux aussi dans les équipes de hockey sur glace des Houches.
Parmi cette autre famille, le plus connu est l’ancien international Yves Crettenand, âgé aujourd’hui de 59 ans, qui fut élu meilleur joueur français de la Ligue Magnus à deux reprises, en 1985 avec Chamonix puis en 1989 avec Rouen. Ce dernier joua également à Briançon, à Grenoble (où il remporta la Coupe Magnus en 1991) avant d’aller finir sa carrière à Chambéry en deuxième division. J’ajoute qu’au mois de février 1992, Yves Crettenand disputa les Jeux Olympiques d’Albertville avant de faire ses adieux à l’équipe de France.


L’équipe des Houches en 1971 avec les trois fils du « patriarche ».
De gauche à droite, debout : Guy Bochatay, Charly Dessertenne, Ken Chipman, Marc Choupin, Bernard Bochatay, Gérard Brondex, Hervé Choupin, Roland Pessiglionne, André Tarantola, Michel Bochatay, André Fournier. A genoux : Guy Duflot, Gilles Pot, Gaston Roseren, Christian Pot, René Caillet, Thierry Rey, Renaud Girard.


L’histoire débute avec Raymond Bochatay

Mais dans le club des Houches, comme je l’ai précisé, c’est sans conteste la famille Bochatay, qui bat tous les records du nombre de représentants ! A tel point que j’ai dû effectuer une véritable enquête laborieuse et minutieuse pour ne pas me perdre dans un véritable labyrinthe. En effet, cette famille atypique qui a des anciennes origines en Suisse (elle est originaire de Finhaut dans le canton du Valais) a commencé à écrire son histoire avec l’ancien maire du village des Houches, Raymond Bochatay, qui fut artisan dans la scierie familiale puis propriétaire du bar-restaurant « Le Solerey », un établissement très célèbre racheté plus tard par la commune car il fait partie du patrimoine historique local. Ce patriarche, aujourd’hui décédé, a su communiquer en même temps sa grande passion pour le hockey sur glace à ses trois fils puisqu’ils ont tous porté le maillot du club. Passons-les en revue :
 
Le premier fils du grand patriarche : Guy Bochatay

L’aîné de la fratrie (décédé), ancien carreleur qui a tenu également une blanchisserie fut à la fois hockeyeur puis ancien président du club des Houches de 1968 à 1984. Son épouse, Renée Bochatay, deviendra à son tour présidente des « Lynx » dix ans plus tard de 1994 à 2005. Ce couple de sportifs passionnés donna naissance à quatre enfants dont deux garçons qui furent également des hockeyeurs locaux : Pascal Bochatay (décédé) et Stéphane Bochatay qui est âgé aujourd’hui de 51 ans.

 Le deuxième fils du grand patriarche : Michel Bochatay

Ce restaurateur et ancien propriétaire de l’hôtel « Peter Pan » aux Houches (décédé) fut moniteur de ski mais aussi arbitre de hockey sur glace. Il a également eu un fils hockeyeur et non des moindres puisqu’il s’agit du gardien de but Frédéric Bochatay, âgé aujourd’hui de 53 ans, bien connu dans notre discipline. En effet, ce dernier joua dans plusieurs autres clubs français : Chamonix, Saint-Gervais, Valenciennes, Dunkerque, Tours et Lyon. Mais le summum de sa carrière, c’est d’avoir été sacré champion de France en 1999 avec le club d’Amiens ! Ce gardien, actuellement entraîneur général du hockey mineur à Nice, a transmis également le relais par la suite à son fils, Hugo Bochatay, âgé de 20 ans, qui a joué avec le club voisin de Saint-Gervais, puis le HC74 avant de rejoindre Rouen.
 
Le troisième fils du grand patriarche : Bernard Bochatay

Ancien mécanicien-garagiste aux Houches (décédé), il fut aussi hockeyeur avant de passer le relais à son fils, Christophe Bochatay, âgé aujourd’hui de 53 ans, qui est le président actuel du club de hockey des Houches depuis 2005 et dirigeant du HC74 pour les U20. A noter que ce dernier est agent de maîtrise à l’Aiguille du Midi depuis plus de trente-trois ans. Pour l’anecdote, il travaille dans un bureau où il bénéficie d’un sacré panorama sur la vallée de Chamonix et le sommet du Mont-Blanc puisqu’il est situé au sommet du pic de l’aiguille à 3842 mètres d’altitude !
Par ailleurs son fils, Jérémy Bochatay, âgé de 30 ans, fut lui aussi hockeyeur. Il a joué à Chamonix et avec le club du Mont-Blanc en Division 1 avant de s’expatrier à l’étranger pour aller travailler au Canada puis il retourna en France à Chamonix. Quant à une des deux filles du président actuel, Julia Bochatay, âgée de 24 ans, elle a joué également une saison au hockey sur glace dans le club voisin de Chamonix.

Comme si ces onze joueurs de la grande famille des Bochatay ne suffisaient pas, dans son arbre généalogique très prolifique, on trouve également dans les registres officiels trois cousins et leurs six fils qui ont également chaussé des patins de hockey dans le club des Houches ! Si vous n’avez pas été perdu par le nombre et la complexité de cette première énumération et que vous êtes capable de retenir, sans trop s’embrouiller chronologiquement, les noms de tous les fils, voici à présent la suite de la famille.

Premier cousin : Gérard Bochatay

Ce conducteur d’engins dans une sablière (décédé) a eu deux fils : Didier Bochatay (54 ans) dont le fils Thomas joue également en loisir aux Houches et Philippe Bochatay (53 ans), cuisiner dans des grands hôtels de luxe, dont ses deux fils, Julien et Nicolas, jouent aussi en loisir pour poursuivre la longue tradition familiale patins aux pieds et crosses en mains.

Deuxième cousin : René Bochatay

Cet ancien postier de Chamonix (décédé) a pratiqué le hockey sur glace pour le plaisir dans la commune voisine des Houches comme son frère Gérard. Tout comme son fils Emmanuel Bochatay, employé dans un casino de jeux, puisque ce dernier a également joué aux Houches pour perpétuer la tradition familiale même si le niveau de jeu et les postes sur la glace des uns et des autres étaient différents.

Troisième cousin : Jean-François Bochatay

Frère de Gérard et de René (âgé de 71 ans), il fut à son tour le président du club des Houches pendant dix ans de 1984 à 1994. Enfin, les fils de ce dernier, Jérôme Bochatay (âgé de 50 ans), et son frère Benoit Bochatay, (âgé de 45 ans), ont poursuivi eux-aussi la tradition familiale sur la glace dans leur jeunesse.
Comme me le confiera un supporter passionné du club « Il suffit de porter un maillot de hockey avec le nom Bochatay inscrit sur le dos pour savoir à coup sûr quel est le club. Mais reste à savoir de quel joueur il s’agit car là il faut impérativement mettre un prénom pour ne pas se perdre ! »

Comme si cela ne suffisait pas, il faut savoir également que les familles Pot et Lachamp sont des cousins par descendance de la grand-mère Monique Bochatay, ce qui explique qu’ils ne portent pas le même nom, mais plusieurs membres de ces deux familles ont joué eux-aussi au hockey sur glace au tout début de la création du club des Houches ! Cette descendance a permis par la suite à Guillaume Pot et à François Lachamp, qui ont aujourd’hui la cinquantaine, de faire partie de la saga houcharde !


Bernard Bochatay à gauche, son petit-fils Jérémy au centre et son fils Christophe, le président actuel du club à droite.

Plusieurs homonymes devenus célèbres

Il faut savoir que l’ancien hockeyeur Dimitri Bochatay, âgé aujourd’hui de 51 ans, qui s’est fait également connaître dans le hockey sur glace français en portant le même nom, ne fait pas partie de cette famille très prolifique. Il s’agit simplement d’un homonyme sans parenté qui fut un véritable « globe-trotter » pendant sa carrière puisqu’il a joué successivement dans les clubs de Megève, Font-Romeu, Tours, Amnéville, Valenciennes, Nantes, Avignon, Val-Vanoise, Montpellier, Roanne et Marseille !

Par ailleurs, l’ancien capitaine de Saint-Gervais, Jean Bochatay, qui fut le seul joueur portant ce nom à évoluer en équipe de France en 1961 est également un homonyme sans lien de parenté avec la grande famille du club des Houches.
Enfin, il faut savoir qu’en Suisse plusieurs sportifs de haut niveau se sont fait également connaitre en ayant le même nom comme Michael Bochatay, ancien hockeyeur du club de La-Chaux-de-Fonds en LNB ou Nicolas Bochatay un skieur spécialisé dans le ski de vitesse.

Un arbre généalogique inédit

Bref, pour revenir à l’impressionnante dynastie familiale des Bochatay dans notre pays, si je résume cette revue d’effectif unique, le hockey sur glace français a donc vu passer, d’une façon ou d’une autre, dans l’histoire du club des Houches en Haute-Savoie : Raymond, Guy, Renée, Pascal, Stéphane, Michel, Frédéric, Hugo, Bernard, Christophe, Jérémy, Julia, Gérard, Didier, Philippe, Jean-François, Jérôme, Benoit, René, Guillaume et François.
Cela représente au total 21 membres issus de la même famille des Bochatay, un nombre impressionnant qui permettrait de former théoriquement une équipe complète de hockey sur glace !
 



Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.
 

 
 
Lieu : Media Sports LoisirsChroniqueur : Tristan Alric
Posté par Christian Simon le 24/11/2022 à 11:00
 
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