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Ligue Magnus
ÉLECTIONS FFHG : UN SUSPENSE IMPROBABLE
Les élections au sein de la FFHG se résument tous les quatre ans à l’adoption du programme d’une liste unique faute de concurrent. Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus, explique les raisons de cette absence d’opposition qui empêche une véritable confrontation des idées.
Tribune N°118

Depuis que le hockey sur glace français a pris son indépendance en 2006, on ne peut pas dire que les candidats se soient bousculés au portillon pour proposer des alternatives dans le but de prendre éventuellement des responsabilités nationales importantes au sein de la FFHG. Comment expliquer cette désaffection permanente ?
Mis à part une poignée de dirigeants passionnés stakhanovistes qui sont à l’œuvre depuis longtemps et l’arrivée parcimonieuse de quelques nouveaux élus à leurs côtés en cours de route, le « sang neuf » qui pourrait être incarné par une opposition constructive ne coule pas à flot depuis l’émancipation de notre sport favori.
L’absence presque totale de listes concurrentes lors des cinq élections générales qui se sont succédées depuis bientôt vingt ans (2006, 2010, 2014, 2018, 2022) pose à mon avis un vrai problème démocratique car à terme il pourrait engendrer des dérives sans contre-pouvoir. Mais à qui la faute ? Sûrement pas à ceux qui étaient à chaque fois aux commandes de la FFHG car ils ne demandaient qu’à être jugés loyalement tous les quatre ans sur leur travail accompli.
Ce problème de manque de contradiction, voire même du désintéressement concernant la gestion de notre fédération, méritent une réflexion car le hockey sur glace français souffre de ce fait d’un manque de choix qui pourrait être optionnel.
Lorsqu’en 2022, j’ai appris que pour la première fois une deuxième liste voulait se présenter aux élections de la FFHG face à celle de Pierre-Yves Gerbeau (jusqu’ici vice-président exécutif) ma première réaction fut spontanément de me réjouir. En effet, je pensais que c’était une très bonne chose pour le débat démocratique que deux programmes différents puissent être enfin proposés au vote des présidents de clubs afin d’apporter des idées nouvelles ou tout au moins des propositions concrètes pour faire encore progresser le hockey sur glace français. D’ailleurs, s’il y avait eu à cette occasion trois listes en compétition (voire même pourquoi pas quatre), j’aurais également applaudi des deux mains car je suis pour la pluralité des idées et je reste un observateur enclin à préférer la diversité.
Malheureusement, on se souvient que la deuxième liste, initiée il y a trois ans par l’ancien rédacteur en chef adjoint de France télévisions Laurent Bellet et l’ancien président du club de Grenoble Jean-Luc Blache, a été invalidée pour diverses arguties juridiques. Vous pouvez retrouver l’évocation de cet événement dans ma Tribune numéro 54 intitulée « Le fiasco de la deuxième liste ». Je n’y reviendrais pas aujourd’hui, mais ce fut un épisode regrettable qui est resté dans toutes les mémoires.
Les membres du premier comité directeur de la nouvelle FFHG lors de sa création en 2006 à Amiens.
PLUSIEURS RAISONS À l’ABSENCE DE LISTES CONCURRENTES
Ce manque de concurrence, qui nous prive à chaque fois d’un véritable débat pluraliste, démontre à mon avis qu’il y a un problème sociétal difficile à résoudre pour permettre le renouvellement de nos dirigeants fédéraux que je vais tenter d’analyser. Après mûre réflexion, j’ai pu identifier neuf principales raisons qui me semblent évidentes et qui expliquent ce manque regrettable de listes concurrentes au sein de la FFHG.
C’EST UNE VÉRITABLE ENTREPRISE
Première raison : diriger une fédération sportive comme la FFHG qui fonctionne avec un budget actuel de 7,8 millions d’euros (2,8 millions seulement à sa création), nécessite désormais d’avoir des compétences et l’expérience managériale d’un véritable chef d’entreprise dans toutes les strates de notre discipline. Une gestion amateure entre dirigeants élus uniquement par copinage sans réelle expérience, comme cela a pu exister parfois dans le passé, n’est plus possible aujourd’hui.
D’autant que la fédération doit rendre des comptes à son ministère de tutelle et elle doit être capable de trouver des ressources financières complémentaires ou alternatives pour réussir à compléter l’aide de l’argent public qui n’est pas un puit sans fond et revue à la baisse au fil des années.
LE TRAVAIL EST CHRONOPHAGE
Deuxième raison : être membre du Comité directeur fédéral ne s’improvise pas car c’est un poste très chronophage qui oblige le candidat, homme ou femme, à donner beaucoup de son temps en plus de sa vie de famille. Pour un dirigeant fédéral, c’est devenu désormais presque un travail à plein temps particulièrement si vous êtes un élu au Bureau directeur. Or, la plupart de nos dirigeants nationaux s’investissent déjà tellement dans leurs propres clubs qu’ils ont de la difficulté à concilier en même temps leurs deux activités et doivent faire un choix souvent cornélien. J’ajoute à ce propos que très souvent nos dirigeants et dirigeantes préfèrent leurs clubs que la vie fédérale.
IL FAUT CONNAÎTRE LE HOCKEY SUR GLACE
Troisième raison : pour se faire élire sur une liste, il est très préférable de faire preuve par ailleurs de véritables compétences dans le milieu du hockey sur glace soit comme ancien joueur ou joueuse, arbitre, président ou présidente de club ou de ligue. Il faut être capable d’aller également convaincre sur le terrain dans les clubs, mais aussi auprès des comités départementaux et régionaux. Bref, il faut savoir « briser la glace » en étant extraverti, consensuel, omniprésent et très motivé !
NE PAS AVOIR PEUR DES MULTIPLES RÉUNIONS
Quatrième raison : nos dirigeants hommes et femmes sont obligatoirement des licenciés bénévoles qui ont intérêt à être vaccinés contre une maladie chronique malheureusement récurrente et qui n’est pas à mésestimer ! C’est ce que j’appelle avec dérision « la réunionite aiguë » pour pouvoir assumer sans défaillir un nombre considérable de tâches que sont les nombreuses vidéo-conférences, les tables rondes ou les déplacements sans oublier la recherche de partenariats et des subventions auprès des diverses institutions.
Cinquième raison : il y a malheureusement un phénomène national que l’on constate partout de nos jours et qui ne touche pas uniquement le hockey sur glace mais l’ensemble du sport et de notre société : c’est une baisse considérable du bénévolat. La forte baisse observée depuis le mois de janvier 2022 est liée notamment à la crise du Covid-19. Cette démobilisation semble durable notamment chez les plus de 50 ans. Il est donc de plus en plus difficile de trouver des bénévoles prêts à s’investir dans une cause aussi complexe et difficile que le hockey sur glace français qui plus est au niveau fédéral.
C’EST UNE EXPÉRIENCE À HAUT RISQUE
Sixième raison : se présenter comme nouveau dirigeant fédéral sur une liste de la FFHG, c’est accepter par ailleurs « d'essuyer les plâtres » dans le cas d’un ou d’une néophyte pour éviter les chausse-trapes. Une perspective qui peut effrayer certains candidat(e)s potentiels car l’avenir sportif qui s’annonce dans le hockey sur glace français semble compliqué avec un agenda très chargé qui sera décisif pour sa survie. La responsabilité de tous est importante car ils auront des comptes à rendre à leurs électeurs.
C’EST UNE RESPONSABILITÉ QUI EST JUGÉE
Septième raison : Lorsqu’on est membre du Comité directeur, exception faite de ceux qui se font élire uniquement pour le prestige et pour prendre la lumière (il en existe parfois), il y a donc que des coups à prendre ! On est constamment jugé et critiqué notamment par des éternels insatisfaits et contestataires qui croient avoir la science infuse mais qui n’ont pas le courage de se présenter eux-mêmes pour changer les choses. Or, ils croient détenir la solution miracle sans mettre les mains dans le cambouis en préconisant uniquement sur les réseaux sociaux les habituels conseils gratuits de la famille des « Yaka Fokon ». Comme dit l’expression « la théorie est facile mais la pratique est difficile ! ».
Huitième raison : en raison de la parité et de la représentativité hommes et femmes devenu obligatoire, monter une nouvelle liste avec par exemple onze membres féminines compétentes (sept actuellement au Comité directeur), qui soient légitimes et reconnues dans le hockey sur glace français, paraît représenter un grand challenge. Il ne faut jamais oublier que la FFHG est une petite famille (27 210 licenciés seulement) qui ne possède donc pas un nombre de candidats et candidates potentiels inépuisable.
Neuvième raison : l’absence récurrente d’une liste d’opposition lors des élections de la FFHG peut s’expliquer également par la grande difficulté de trouver dans le hockey sur glace français un autre « homme providentiel » qui soit résolument décidé à s’impliquer et être capable de proposer un programme de rupture innovant.
Il manque à chaque fois un leader vraiment charismatique qui soit à la fois un véritable meneur de troupe tout en étant consensuel. Bref, pour qu’une liste d’opposition soit crédible, elle doit être dirigée par un « porte-drapeau » respecté et fédérateur prônant un engagement très inspirant même s’il y a parfois des candidats à priori plutôt discrets qui peuvent se révéler en endossant le costume de président de fédération.
En tant qu’historien, je pense que des personnalités fortes comme par exemple Briec Bounoure, l’ancien président du club de Brest, auraient pu remplir éventuellement ce rôle. En effet, ce trés important homme d’affaire breton (PDG du groupe alimentaire Doux et de Père Dodu) était non seulement agrégé de philosophie, mais aussi ancien professeur de khâgne au lycée Kerichen en classes préparatoires littéraires et il était également un membre du jury d’agrégation de philosophie. Malheureusement, notre discipline n’a pas su convaincre ce genre de personnage redoutablement intelligent qui avait le tort d’être un analyste impitoyable et sans langue de bois de notre discipline.
Si j’en juge par les nombreux échos de « Radio Patinoire » que j’ai pu recueillir depuis le début de la saison, il y aura semble-t-il à nouveau très peu de chance de voir plusieurs listes en compétition lors des prochaines élections fédérales au mois de juin 2026. Y en aura-t-il au moins une ? On verra bien, mais attention, il s’agit d’un constat momentané à la mi-octobre qui peut encore changer dans les mois à venir !
Le président sortant Pierre-Yves Gerbeau (60 ans) continue bien sûr, par prudence et en fin politique, de ménager le suspense en affirmant à qui veut l’entendre que « rien n’est encore joué » ce qui est de bonne guerre. Mais le pense-t-il vraiment ?
Ce dernier a pris une envergure électorale encore plus grande ces derniers mois qui a conforté sa stature de leader du hockey français en étant élu au sein du CNOSF, non seulement au conseil d’administration, mais aussi à la commission olympique et à la commission en charge de la transition écologique dont il est le vice-président.
Par ailleurs, Pierre-Yves Gerbeau a été nommé chef de mission adjoint pour les prochains Jeux olympiques d’hiver de 2026 à Milan et Cortina d’Ampezzo en charge du « pôle glace » mais aussi au conseil d’administration du Cojob des Alpes Françaises pour les JO d’hiver 2030.
Autant de responsabilités importantes et stratégiques dans le milieu du sport français qui peuvent s’avérer dissuasives pour des opposants éventuels qui n’auront pas le même entregent. Dans ce contexte, ce dernier devrait pouvoir attendre assez sereinement sa réélection, qui est pour certains un secret de polichinelle, en faisant valoir également, à juste titre, que lors de la dernière assemblée générale, tous les votes importants qui se sont déroulés ont obtenus à chaque fois une approbation quasi unanime des présidents de clubs présents. Un quitus général qui laisse donc présager logiquement une reconduction sans trop de problème.
A gauche, Pierre-Yves Gerbeau sélectionné lors des championnats du monde du groupe B à Oslo en 1989 et aujourd’hui devenu le président de la FFHG
IL NE FAUDRA PAS MANQUER TROIS GRANDS RENDEZ-VOUS
Mais cette approbation de nos présidents n’a pas empêché toutefois le secrétaire général de la FFHG Jean-David Camus de ne pas célébrer trop fort l’euphorie ambiante et de déclarer publiquement : « 60 clubs seulement étaient présents. C’est décevant car c’est la moitié des associations qui ne participent pas à la vie démocratique de notre sport. » En effet, imaginons que si c’était le cas avec un total de 120 clubs vraiment impliqués dans la politique fédérale, le débat serait peut-être beaucoup plus ouvert.
La dernière assemblée générale ayant été malgré tout unie, est-ce à dire que tout est parfait et que tout le monde est content ? Bien sûr que non. Bien conscient de la situation Pierre-Yves Gerbeau a déclaré : « C’est un chantier colossal qui nous attend. On va pouvoir vivre une période historique ces cinq prochaines années en participant d’abord aux JO d’hiver de 2026 en Italie, puis au Mondial de Paris et de Lyon en 2028 tout comme aux JO d’hiver en 2030. Mais il ne faut surtout pas célébrer en montant sur la table ! Ce sont trois opportunités incroyables qu’on ne doit pas rater ! C’est pour cela que nous avons lancé des chantiers ambitieux et très importants car, quand on ne sait pas, on engage des gens compétents. »
Jonathan Zwikel, qui est chargé d’une nouvelle approche de la haute performance, c’est montré également « cash » concernant en particulier la formation de nos hockeyeurs qui est une faiblesse récurrente en France : « On ne va pas se raconter des histoires, nos résultats internationaux ne sont pas à la hauteur chez les garçons comme chez les filles. Il faut faire une analyse et une réflexion en profondeur sans pour autant se flageller. Nous sommes restés grosso modo au même niveau depuis la création de la FFHG en 2006. Il faut donc se remettre tous en question, fédération et clubs, et faire une union générale. Notre ambition, c’est de revoir nos modèles et toutes nos certitudes. »
Le siège de la FFHG se trouve dans l’enceinte de la patinoire Aren’ice de Cergy-Pontoise.
LA NOUVELLE LOI DU SPORT DE 2022 MODIFIE BEAUCOUP DE CHOSES
Malgré certains griefs envers la gouvernance fédérale et un bilan international préoccupant qui auraient pu servir d’arguments et de prétexte pour former une opposition, il semble qu’il sera difficile de trouver une deuxième liste concurrente ayant la possibilité de proposer une alternance majoritaire d’ici le mois de juin prochain même si, comme le dit le proverbe : « les cimetières sont pleins de gens irremplaçables. »
N’empêche, je trouve ça dommage à l’heure d’un choix historique sans sous-estimer pour autant le bon travail effectué depuis quatre ans par nos dirigeants actuels car sans liste concurrente pour éventuellement contredire, comme dit un autre proverbe « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
Quoi qu’il en soit, selon la nouvelle loi promulguée en 2022 sur la « démocratisation du sport » le président Pierre-Yves Gerbeau ne peut briguer au total que trois mandats seulement, c’est-à-dire théoriquement jusqu’en 2034 puisque son mandat de vice-président exécutif exercé de 2018 à 2022 ne compte pas.
On notera que ce dernier compte bien renoncer une fois de plus à percevoir une rémunération (permise pourtant par la loi) qui s’élève pour un président de fédération en moyenne à 48 000 euros par an, soit 4000 euros par mois. « Cette somme, qui ne grève pas le budget déjà limité de la FFHG, reste mon fond d’urgence pour pouvoir financer plus tard d’autres actions », dit-il.
Outre cette règle sur le cumul des mandats, la loi de 2022 impose aussi la parité dans les instances fédérales. Du coup, dans les fédérations où les femmes représentent un quart des licences ou d’avantage, au moins 40 % des sièges doivent leur revenir. En dessous (moins d’un quart) la proportion n’est plus que de 25%. Mais ce n’est pas tout !
Le Comité directeur compte désormais 24 membres (au lieu de 20) et doit comprendre notamment un médecin, un représentant des arbitres, un représentant des entraîneurs et deux sportifs ou sportives de haut niveau. Enfin, j’ajoute que conformément aux statuts de la FFHG, nul ne peut être candidat(e) à une élection fédérale si, il ou elle n’est pas titulaire d’une licence depuis au moins six mois. Enfin, le Comité directeur se réuni au moins trois fois par an et le DTN assiste aux séances avec voix consultative.
Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.

ÉLECTIONS FFHG : UN SUSPENSE IMPROBABLE |
Depuis que le hockey sur glace français a pris son indépendance en 2006, on ne peut pas dire que les candidats se soient bousculés au portillon pour proposer des alternatives dans le but de prendre éventuellement des responsabilités nationales importantes au sein de la FFHG. Comment expliquer cette désaffection permanente ?Mis à part une poignée de dirigeants passionnés stakhanovistes qui sont à l’œuvre depuis longtemps et l’arrivée parcimonieuse de quelques nouveaux élus à leurs côtés en cours de route, le « sang neuf » qui pourrait être incarné par une opposition constructive ne coule pas à flot depuis l’émancipation de notre sport favori.
L’absence presque totale de listes concurrentes lors des cinq élections générales qui se sont succédées depuis bientôt vingt ans (2006, 2010, 2014, 2018, 2022) pose à mon avis un vrai problème démocratique car à terme il pourrait engendrer des dérives sans contre-pouvoir. Mais à qui la faute ? Sûrement pas à ceux qui étaient à chaque fois aux commandes de la FFHG car ils ne demandaient qu’à être jugés loyalement tous les quatre ans sur leur travail accompli.
Ce problème de manque de contradiction, voire même du désintéressement concernant la gestion de notre fédération, méritent une réflexion car le hockey sur glace français souffre de ce fait d’un manque de choix qui pourrait être optionnel.
LA LISTE « AMBITION FFHG » FUT LA SEULE IL Y A TROIS ANS
Lorsqu’en 2022, j’ai appris que pour la première fois une deuxième liste voulait se présenter aux élections de la FFHG face à celle de Pierre-Yves Gerbeau (jusqu’ici vice-président exécutif) ma première réaction fut spontanément de me réjouir. En effet, je pensais que c’était une très bonne chose pour le débat démocratique que deux programmes différents puissent être enfin proposés au vote des présidents de clubs afin d’apporter des idées nouvelles ou tout au moins des propositions concrètes pour faire encore progresser le hockey sur glace français. D’ailleurs, s’il y avait eu à cette occasion trois listes en compétition (voire même pourquoi pas quatre), j’aurais également applaudi des deux mains car je suis pour la pluralité des idées et je reste un observateur enclin à préférer la diversité.
Malheureusement, on se souvient que la deuxième liste, initiée il y a trois ans par l’ancien rédacteur en chef adjoint de France télévisions Laurent Bellet et l’ancien président du club de Grenoble Jean-Luc Blache, a été invalidée pour diverses arguties juridiques. Vous pouvez retrouver l’évocation de cet événement dans ma Tribune numéro 54 intitulée « Le fiasco de la deuxième liste ». Je n’y reviendrais pas aujourd’hui, mais ce fut un épisode regrettable qui est resté dans toutes les mémoires.

Les membres du premier comité directeur de la nouvelle FFHG lors de sa création en 2006 à Amiens.
PLUSIEURS RAISONS À l’ABSENCE DE LISTES CONCURRENTES
Ce manque de concurrence, qui nous prive à chaque fois d’un véritable débat pluraliste, démontre à mon avis qu’il y a un problème sociétal difficile à résoudre pour permettre le renouvellement de nos dirigeants fédéraux que je vais tenter d’analyser. Après mûre réflexion, j’ai pu identifier neuf principales raisons qui me semblent évidentes et qui expliquent ce manque regrettable de listes concurrentes au sein de la FFHG.
C’EST UNE VÉRITABLE ENTREPRISE
Première raison : diriger une fédération sportive comme la FFHG qui fonctionne avec un budget actuel de 7,8 millions d’euros (2,8 millions seulement à sa création), nécessite désormais d’avoir des compétences et l’expérience managériale d’un véritable chef d’entreprise dans toutes les strates de notre discipline. Une gestion amateure entre dirigeants élus uniquement par copinage sans réelle expérience, comme cela a pu exister parfois dans le passé, n’est plus possible aujourd’hui.
D’autant que la fédération doit rendre des comptes à son ministère de tutelle et elle doit être capable de trouver des ressources financières complémentaires ou alternatives pour réussir à compléter l’aide de l’argent public qui n’est pas un puit sans fond et revue à la baisse au fil des années.
LE TRAVAIL EST CHRONOPHAGE
Deuxième raison : être membre du Comité directeur fédéral ne s’improvise pas car c’est un poste très chronophage qui oblige le candidat, homme ou femme, à donner beaucoup de son temps en plus de sa vie de famille. Pour un dirigeant fédéral, c’est devenu désormais presque un travail à plein temps particulièrement si vous êtes un élu au Bureau directeur. Or, la plupart de nos dirigeants nationaux s’investissent déjà tellement dans leurs propres clubs qu’ils ont de la difficulté à concilier en même temps leurs deux activités et doivent faire un choix souvent cornélien. J’ajoute à ce propos que très souvent nos dirigeants et dirigeantes préfèrent leurs clubs que la vie fédérale.
IL FAUT CONNAÎTRE LE HOCKEY SUR GLACE
Troisième raison : pour se faire élire sur une liste, il est très préférable de faire preuve par ailleurs de véritables compétences dans le milieu du hockey sur glace soit comme ancien joueur ou joueuse, arbitre, président ou présidente de club ou de ligue. Il faut être capable d’aller également convaincre sur le terrain dans les clubs, mais aussi auprès des comités départementaux et régionaux. Bref, il faut savoir « briser la glace » en étant extraverti, consensuel, omniprésent et très motivé !
NE PAS AVOIR PEUR DES MULTIPLES RÉUNIONS
Quatrième raison : nos dirigeants hommes et femmes sont obligatoirement des licenciés bénévoles qui ont intérêt à être vaccinés contre une maladie chronique malheureusement récurrente et qui n’est pas à mésestimer ! C’est ce que j’appelle avec dérision « la réunionite aiguë » pour pouvoir assumer sans défaillir un nombre considérable de tâches que sont les nombreuses vidéo-conférences, les tables rondes ou les déplacements sans oublier la recherche de partenariats et des subventions auprès des diverses institutions.
IL Y A UNE BAISSE DU BÉNÉVOLAT
Cinquième raison : il y a malheureusement un phénomène national que l’on constate partout de nos jours et qui ne touche pas uniquement le hockey sur glace mais l’ensemble du sport et de notre société : c’est une baisse considérable du bénévolat. La forte baisse observée depuis le mois de janvier 2022 est liée notamment à la crise du Covid-19. Cette démobilisation semble durable notamment chez les plus de 50 ans. Il est donc de plus en plus difficile de trouver des bénévoles prêts à s’investir dans une cause aussi complexe et difficile que le hockey sur glace français qui plus est au niveau fédéral.
C’EST UNE EXPÉRIENCE À HAUT RISQUE
Sixième raison : se présenter comme nouveau dirigeant fédéral sur une liste de la FFHG, c’est accepter par ailleurs « d'essuyer les plâtres » dans le cas d’un ou d’une néophyte pour éviter les chausse-trapes. Une perspective qui peut effrayer certains candidat(e)s potentiels car l’avenir sportif qui s’annonce dans le hockey sur glace français semble compliqué avec un agenda très chargé qui sera décisif pour sa survie. La responsabilité de tous est importante car ils auront des comptes à rendre à leurs électeurs.
C’EST UNE RESPONSABILITÉ QUI EST JUGÉE
Septième raison : Lorsqu’on est membre du Comité directeur, exception faite de ceux qui se font élire uniquement pour le prestige et pour prendre la lumière (il en existe parfois), il y a donc que des coups à prendre ! On est constamment jugé et critiqué notamment par des éternels insatisfaits et contestataires qui croient avoir la science infuse mais qui n’ont pas le courage de se présenter eux-mêmes pour changer les choses. Or, ils croient détenir la solution miracle sans mettre les mains dans le cambouis en préconisant uniquement sur les réseaux sociaux les habituels conseils gratuits de la famille des « Yaka Fokon ». Comme dit l’expression « la théorie est facile mais la pratique est difficile ! ».
LA PARITÉ POSE PROBLÈME
Huitième raison : en raison de la parité et de la représentativité hommes et femmes devenu obligatoire, monter une nouvelle liste avec par exemple onze membres féminines compétentes (sept actuellement au Comité directeur), qui soient légitimes et reconnues dans le hockey sur glace français, paraît représenter un grand challenge. Il ne faut jamais oublier que la FFHG est une petite famille (27 210 licenciés seulement) qui ne possède donc pas un nombre de candidats et candidates potentiels inépuisable.
IL FAUT TROUVER UN LEADER FÉDÉRATEUR
Neuvième raison : l’absence récurrente d’une liste d’opposition lors des élections de la FFHG peut s’expliquer également par la grande difficulté de trouver dans le hockey sur glace français un autre « homme providentiel » qui soit résolument décidé à s’impliquer et être capable de proposer un programme de rupture innovant.
Il manque à chaque fois un leader vraiment charismatique qui soit à la fois un véritable meneur de troupe tout en étant consensuel. Bref, pour qu’une liste d’opposition soit crédible, elle doit être dirigée par un « porte-drapeau » respecté et fédérateur prônant un engagement très inspirant même s’il y a parfois des candidats à priori plutôt discrets qui peuvent se révéler en endossant le costume de président de fédération.
En tant qu’historien, je pense que des personnalités fortes comme par exemple Briec Bounoure, l’ancien président du club de Brest, auraient pu remplir éventuellement ce rôle. En effet, ce trés important homme d’affaire breton (PDG du groupe alimentaire Doux et de Père Dodu) était non seulement agrégé de philosophie, mais aussi ancien professeur de khâgne au lycée Kerichen en classes préparatoires littéraires et il était également un membre du jury d’agrégation de philosophie. Malheureusement, notre discipline n’a pas su convaincre ce genre de personnage redoutablement intelligent qui avait le tort d’être un analyste impitoyable et sans langue de bois de notre discipline.

L’ENVERGURE DU PRÉSIDENT DE LA FFHG SERA-T-ELLE DISSUASIVE ?
Si j’en juge par les nombreux échos de « Radio Patinoire » que j’ai pu recueillir depuis le début de la saison, il y aura semble-t-il à nouveau très peu de chance de voir plusieurs listes en compétition lors des prochaines élections fédérales au mois de juin 2026. Y en aura-t-il au moins une ? On verra bien, mais attention, il s’agit d’un constat momentané à la mi-octobre qui peut encore changer dans les mois à venir !
Le président sortant Pierre-Yves Gerbeau (60 ans) continue bien sûr, par prudence et en fin politique, de ménager le suspense en affirmant à qui veut l’entendre que « rien n’est encore joué » ce qui est de bonne guerre. Mais le pense-t-il vraiment ?
Ce dernier a pris une envergure électorale encore plus grande ces derniers mois qui a conforté sa stature de leader du hockey français en étant élu au sein du CNOSF, non seulement au conseil d’administration, mais aussi à la commission olympique et à la commission en charge de la transition écologique dont il est le vice-président.
Par ailleurs, Pierre-Yves Gerbeau a été nommé chef de mission adjoint pour les prochains Jeux olympiques d’hiver de 2026 à Milan et Cortina d’Ampezzo en charge du « pôle glace » mais aussi au conseil d’administration du Cojob des Alpes Françaises pour les JO d’hiver 2030.
Autant de responsabilités importantes et stratégiques dans le milieu du sport français qui peuvent s’avérer dissuasives pour des opposants éventuels qui n’auront pas le même entregent. Dans ce contexte, ce dernier devrait pouvoir attendre assez sereinement sa réélection, qui est pour certains un secret de polichinelle, en faisant valoir également, à juste titre, que lors de la dernière assemblée générale, tous les votes importants qui se sont déroulés ont obtenus à chaque fois une approbation quasi unanime des présidents de clubs présents. Un quitus général qui laisse donc présager logiquement une reconduction sans trop de problème.

A gauche, Pierre-Yves Gerbeau sélectionné lors des championnats du monde du groupe B à Oslo en 1989 et aujourd’hui devenu le président de la FFHG
IL NE FAUDRA PAS MANQUER TROIS GRANDS RENDEZ-VOUS
Mais cette approbation de nos présidents n’a pas empêché toutefois le secrétaire général de la FFHG Jean-David Camus de ne pas célébrer trop fort l’euphorie ambiante et de déclarer publiquement : « 60 clubs seulement étaient présents. C’est décevant car c’est la moitié des associations qui ne participent pas à la vie démocratique de notre sport. » En effet, imaginons que si c’était le cas avec un total de 120 clubs vraiment impliqués dans la politique fédérale, le débat serait peut-être beaucoup plus ouvert.
La dernière assemblée générale ayant été malgré tout unie, est-ce à dire que tout est parfait et que tout le monde est content ? Bien sûr que non. Bien conscient de la situation Pierre-Yves Gerbeau a déclaré : « C’est un chantier colossal qui nous attend. On va pouvoir vivre une période historique ces cinq prochaines années en participant d’abord aux JO d’hiver de 2026 en Italie, puis au Mondial de Paris et de Lyon en 2028 tout comme aux JO d’hiver en 2030. Mais il ne faut surtout pas célébrer en montant sur la table ! Ce sont trois opportunités incroyables qu’on ne doit pas rater ! C’est pour cela que nous avons lancé des chantiers ambitieux et très importants car, quand on ne sait pas, on engage des gens compétents. »
Jonathan Zwikel, qui est chargé d’une nouvelle approche de la haute performance, c’est montré également « cash » concernant en particulier la formation de nos hockeyeurs qui est une faiblesse récurrente en France : « On ne va pas se raconter des histoires, nos résultats internationaux ne sont pas à la hauteur chez les garçons comme chez les filles. Il faut faire une analyse et une réflexion en profondeur sans pour autant se flageller. Nous sommes restés grosso modo au même niveau depuis la création de la FFHG en 2006. Il faut donc se remettre tous en question, fédération et clubs, et faire une union générale. Notre ambition, c’est de revoir nos modèles et toutes nos certitudes. »

Le siège de la FFHG se trouve dans l’enceinte de la patinoire Aren’ice de Cergy-Pontoise.
LA NOUVELLE LOI DU SPORT DE 2022 MODIFIE BEAUCOUP DE CHOSES
Malgré certains griefs envers la gouvernance fédérale et un bilan international préoccupant qui auraient pu servir d’arguments et de prétexte pour former une opposition, il semble qu’il sera difficile de trouver une deuxième liste concurrente ayant la possibilité de proposer une alternance majoritaire d’ici le mois de juin prochain même si, comme le dit le proverbe : « les cimetières sont pleins de gens irremplaçables. »
N’empêche, je trouve ça dommage à l’heure d’un choix historique sans sous-estimer pour autant le bon travail effectué depuis quatre ans par nos dirigeants actuels car sans liste concurrente pour éventuellement contredire, comme dit un autre proverbe « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
Quoi qu’il en soit, selon la nouvelle loi promulguée en 2022 sur la « démocratisation du sport » le président Pierre-Yves Gerbeau ne peut briguer au total que trois mandats seulement, c’est-à-dire théoriquement jusqu’en 2034 puisque son mandat de vice-président exécutif exercé de 2018 à 2022 ne compte pas.
On notera que ce dernier compte bien renoncer une fois de plus à percevoir une rémunération (permise pourtant par la loi) qui s’élève pour un président de fédération en moyenne à 48 000 euros par an, soit 4000 euros par mois. « Cette somme, qui ne grève pas le budget déjà limité de la FFHG, reste mon fond d’urgence pour pouvoir financer plus tard d’autres actions », dit-il.
Outre cette règle sur le cumul des mandats, la loi de 2022 impose aussi la parité dans les instances fédérales. Du coup, dans les fédérations où les femmes représentent un quart des licences ou d’avantage, au moins 40 % des sièges doivent leur revenir. En dessous (moins d’un quart) la proportion n’est plus que de 25%. Mais ce n’est pas tout !
Le Comité directeur compte désormais 24 membres (au lieu de 20) et doit comprendre notamment un médecin, un représentant des arbitres, un représentant des entraîneurs et deux sportifs ou sportives de haut niveau. Enfin, j’ajoute que conformément aux statuts de la FFHG, nul ne peut être candidat(e) à une élection fédérale si, il ou elle n’est pas titulaire d’une licence depuis au moins six mois. Enfin, le Comité directeur se réuni au moins trois fois par an et le DTN assiste aux séances avec voix consultative.

Depuis plus de quarante ans Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori. Le site Hockey Hebdo est donc heureux de lui permettre de s’exprimer régulièrement dans cette rubrique.
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