AMIENS ÉCRIT « NOTRE HISTOIRE » EN GOTHIQUE !
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Le club d’
Amiens n’a pas une reconnaissance médiatique à la hauteur de l’importance historique qu’il représente dans le hockey sur glace français. Pour diverses raisons, les « Gothiques », qui furent pourtant sous la lumière des projecteurs par le passé, semblent à présent faire un peu « partie des meubles ». Du coup, ils évoluent dans le championnat professionnel de la Ligue Magnus sans bénéficier d’une notoriété qui devrait être pourtant égale à celle d’autres grands clubs comme par exemple Rouen, Grenoble ou Angers.
Il est vrai que depuis de nombreuses saisons l’équipe phare de Picardie a été souvent éliminée dès les quarts de finale des play-offs. On sait bien que lorsqu’une équipe est dans le « ventre mou » du championnat on a tendance à l’ignorer.
Le club d’Amiens souffre-t-il de ce manque de performances pour ne plus bénéficier d’une grande attention sur son parcours sportif ? Malgré le retour des Gothiques en demi-finale de la Ligue Magnus la saison dernière (éliminés par Grenoble futur champion), je constate qu’ils évoluent à nouveau cette saison (pour l’instant) dans un relatif silence de cathédrale pour faire référence à Notre-Dame d’Amiens le véritable chef-d’œuvre architectural qui est à l’origine de leur surnom.
LE CLUB D’AMIENS À L’ORIGINE DE SEPT ÉVÉNEMENTS HISTORIQUES
La communication du club picard est-elle trop discrète sur le plan national ? Ce n’est pas le cas comme le prouve la visite que je viens d’effectuer à Amiens suite à l’invitation de son club lors du dernier match de la saison régulière à domicile contre Cergy-Pointoise. J’ai pu constater sur place que ses dirigeants, ses supporters et ses joueurs ne sont pas résolus à rester dans l’ombre et à servir uniquement de faire-valoir.
L’autre raison de cette relative indifférence vient peut-être du fait que les observateurs de notre discipline ont la mémoire courte et n’ont malheureusement « les yeux de Chimène » que pour les grands leaders qui sont beaucoup plus tapageurs.
Quoi qu’il en soit, pour réparer cette injustice et avant de parler de la situation actuelle du club d’Amiens, je vais mettre d’abord en perspective l’importance historique que ce dernier revêt à mes yeux dans le hockey sur glace français.
Car il est incontestable que le club picard est un véritable fief de notre discipline qui mérite le respect et une plus grande considération à bien des égards. Dans ce but, je vais donc rappeler en préambule sept’ grands faits majeurs qui prouvent que le club de la Somme a écrit l’histoire de notre sport favori avec de grandes et belles lettres gothiques.

Les Gothiques d’Amiens ont immortalisé le passage dans le club de Tristan Alric, créateur de la Coupe Magnus (à genoux au centre) lors du dernier match de la saison régulière contre Cergy-Pontoise.
IL A DONNÉ UN PRÉSIDENT AU HOCKEY FRANÇAIS
Premièrement : il faut se souvenir que son ancien joueur-entraîneur puis président, François Deserable, fut également pendant quatre ans le président de l’ancien Comité National du Hockey sur Glace français (CNHG) de 1992 à 1996. Autrement dit, François Deserable fut à l’époque de la tutelle de la Fédération des sports de glace le prédécesseur de cinq autres présidents nationaux qui furent ensuite chronologiquement : Patrice Pourtanel, Michel Margerit, Jean-Louis Millon, Luc Tardif et enfin Pierre-Yves Gerbeau.
Pour l’anecdote, je rappelle que son fils, François-Henri Deserable, est devenu par ailleurs l’écrivain le plus célèbre dans l’histoire du hockey sur glace français tout en effectuant une partie de sa carrière de joueur.
C’EST LE PLUS ANCIEN CLUB DU CHAMPIONNAT DE FRANCE ÉLITE
Deuxièmement : Amiens est le seul club de hockey sur glace à avoir évolué dans le championnat élite sans interruption depuis 1982 ! C’était l’époque héroïque de la petite patinoire « hangar » du centre sportif Pierre de Coubertin. Les premiers « Renards », puis les « Ecureuils » en 1987 et les « Gothiques » en 1991, jouèrent d’abord dans l’ancienne Nationale A, puis ensuite dans la Ligue Elite suivi par le Super 16 et enfin dans la Ligue Magnus. Du coup, les Gothiques, sacrés champions de France à deux reprises en 1999 et en 2004 et vainqueurs de la Coupe de France coup sur coup en 2019 et 2020, peuvent se vanter de détenir le record absolu de longévité dans notre championnat de France senior élite avec un total très impressionant de 44 saisons consécutives !
LA NOUVELLE FFHG A ÉTÉ CRÉEE DANS LA VILLE PICARDE
Troisièmement : l’histoire retiendra aussi que c’est dans la ville d’Amiens que fut enregistré, le 29 avril 2006, l’acte officiel de naissance de la nouvelle Fédération Française de Hockey sur Glace indépendante (FFHG). Cet événement majeur s’est produit en présence du ministre des sports Jean-François Lamour et du président de l’IIHF René Fasel. C'était dans l’ancien amphithéâtre de la fac de droit juste situé juste à côté du Coliseum à l’occasion de l’assemblée générale constitutive et en marge des Championnats du monde de la Division 1 qui furent organisés cette année-là dans le Coliseum d’Amiens.
UN TRÉS CÉLÈBRE ENTRAÎNEUR NATIONAL EST ISSU DU CLUB
Quatrièmement : je rappelle également que son ancien renfort étranger, le franco-canadien Dave Henderson, est devenu le célèbre et emblématique entraîneur de l’équipe de France senior masculine pendant une période inédite de 14 ans de 2004 à 2018. Il a ainsi battu d’un an le record qui était détenu jusqu’alors par Pete Laliberté. Mais Dave fut également le coach des sélections tricolores U20 de 2000 à 2004 et aussi des U18 en 1996. Il fut élu au Temple de la Renommée de la FFHG en 2018.
Pour l’anecdote, c’est son fidèle adjoint en sélection tricolore, Pierre Pousse, qui a battu son record de points, en tant que joueur, lorsque ce dernier évoluait également à Amiens avec un total de 398 points (172 buts et 226 passes). Ce dernier a été également élu au Temple de la renommée de la FFHG en 2021.
LE CLUB A FORMÉ UN CAPITAINE TRICOLORE EMBLÉMATIQUE
Cinquièmement : Comment oublier que l’ancien hockeyeur amiénois Antoine Richer fut l’un des capitaines les plus emblématiques de l’équipe de France senior. Sa carrière internationale fut exceptionnelle puisqu’il disputa treize championnats du monde et trois Jeux olympiques (Calgary, Albertville et Lillehammer). Il a détenu le record des sélections avec les Tricolores dont il fut le grand leader pendant neuf ans de 1988 à 1996. Antoine Richer fut également élu meilleur entraîneur de l’ancien « Super 16 » en 2004 (avant la création de la Ligue Magnus) mais il fut élu aussi au Temple de la Renommée de la FFHG en 2010. Enfin, il a remporté également « l’Oscar de la glace » la plus haute distinction de la FFSG, l’ancienne fédération de tutelle, en 1995.
LE PREMIER HOCKEYEUR MANAGER GÉNÉRAL PRO EST AMIÉNOIS
Sixièmement : L’histoire retiendra aussi que c’est l’amiénois Elie Marcos qui fut le premier hockeyeur en formation de Manager général de clubs pro ! Ce dernier a intégré le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges en 2017 (dont sont notamment diplômés Zinédine Zidane, Laurent Blanc, Fabien Pelous et bien d’autres).
Elie fut ainsi diplômé avec un master en management de clubs sportifs professionnels comme le furent ensuite Erwan Agostini à Cergy-Pontoise, Julien Albert ex capitaine des Ducs à Angers et Clément Masson ex capitaine de Chamonix qui est aujourd'hui à Cholet.
LE NOUVEAU DTN EST ORIGINAIRE DE LA VILLE DE LA SOMME
Septièmement : le nouveau Directeur Technique National de la FFHG, Antoine François, un ancien joueur de hockey sur gazon, qui a pris ses fonctions au début de la saison actuelle, est également natif de la ville d’Amiens. Peu de gens savent par ailleurs que c’est un Français, natif de la ville d’Amiens, qui est à l’origine de l’invention des patinoires artificielles ! En effet, Charles Tellier, un ingénieur picard particulièrement astucieux, a créé en 1857 la première machine frigorifique à circulation de gaz ammoniac liquéfié. C’est grâce à l’invention de cet Amiénois si on joue aujourd’hui au hockey sur glace sur des pistes artificielles couvertes dans le monde entier.
Tristan Alric entouré, de gauche à droite, par quatre piliers du club : Paul Lhotellier, Jean-Luc Mention Président du Club, Quentin Bourdon et Elie Marcos Manager général..
UN « CLUB DES BÂTISSEURS » DÉSORMAIS À LA MANŒUVRE
Bref, tous les grands événements évoqués ci-dessus, qui dépassent largement les limites de la région de Picardie, prouvent l’influence majeure du club d’Amiens dans notre sport puisqu’il a apporté une contribution déterminante dans l’histoire du hockey sur glace français. Voyons maintenant quelle est son évolution actuelle.
En 2016, le Hockey Club Amiens Somme a vécu un grand tournant historique puisque l'association qui gérait jusqu’ici l'équipe première, dut céder sa gestion au nouveau « Club des Bâtisseurs », un groupement d'investisseurs de la région. Ce dernier était composé de quatre actionnaires ayant la cinquantaine : Paul Lhotellier président de l'entreprise familiale homonyme spécialisée dans le bâtiment et travaux publics, Joël Péron à la tête de sa société Tutor spécialisée en fibre optique, Denis Richard patron d’un grand cabinet d’architecture et Jean-Luc Mention du groupe Mention & Co, spécialiste du génie électrique et climatique. C’est ce dernier qui joue actuellement le rôle de président du club professionnel.
Un autre événement important pour le club d’Amiens est survenu au mois de décembre 2025 puisqu’une nouvelle holding appelée « Les Cousins d'Amiens » a intégré le groupe des actionnaires des Gothiques avec deux nouveaux investisseurs canadiens qui ont acté l'achat de 20 % des parts du club picard. Il s’agit de l’ancien joueur Jacques Sylvestre, dirigeant d’un cabinet d’avocats (repêché dans la NHL par les Islanders de New York en 1981) et Mark Jarry également avocat et entrepreneur dans le domaine de l’immobilier et de la construction.
Bref, le « Club des Bâtisseurs » est né de la volonté de développer l’un des fleurons du patrimoine sportif Amiénois à savoir le club de hockey sur glace d’Amiens. Dans ce but, les clubs d’Amiens et de Valenciennes ont signé par ailleurs une convention liant désormais les deux associations les « Diables Rouges » servant ainsi de club réserve.
Mais le lundi 16 juin 2025, un communiqué du club faisait l’effet d’une véritable bombe médiatique. En effet, un peu moins de trois mois après avoir prolongé son contrat jusqu’en 2027, l’entraîneur canadien Mario Richer décidait de quitter le club ! Ce dernier est parti rejoindre le club russe de Chelyabinsk en KHL pour devenir assistant de Benoît Groulx. Du coup, l’équipe amiénoise, alors qu’elle venait de se qualifier pour sa première demi-finale depuis 2019 (après avoir éliminé le grand rival Rouen) fut contrainte de revoir ses plans.
On sait ce qui est advenu puisque cette saison c’est le canadien Kevin Bergin (43 ans) qui a pris le relais derrière le banc assisté de son compatriote Joey West (34 ans).
LE PROJET D’AMIENS ? C’EST LE PRÉSIDENT QUI EN FAIT MENTION
Le jeu de mots était facile puisque le président des Gothiques s’appelle justement Jean-Luc Mention. Ce dernier m’a expliqué sa propre vision du club. « Les entrepreneurs qui dirigent collégialement notre club depuis maintenant dix ans ont tous dans leur ADN, non pas uniquement la folie de croire qu’on va faire uniquement un gros coup en se disant « après on verra », mais ils veulent au contraire pérenniser notre club. En d’autres termes, on ne veut pas acheter provisoirement un titre. Nous sommes tous vraiment déterminés à poursuivre l’œuvre passée du club d’Amiens par rapport à sa longue histoire contrairement à ce qui s’est passé à Mulhouse, à Epinal ou à Brest par exemple. Avec le Coliseum, nous avons la chance de bénéficier d’une patinoire qui est tout le temps pleine et à guichets fermés pendant toute la saison. Mais dans l’optique de poursuivre la professionnalisation du club, je voudrais dissocier d’avantage la notion du sportif de la partie commerciale et événementielle avec des compétences qui soient vraiment séparées. J’ajoute qui ne faut pas mettre tout le budget sur la Ligue élite professionnelle, mais promouvoir aussi notre centre de formation U21 pour produire des joueurs formés localement (JFL). La formation, c’est très important et c’est notre ADN historique. Nous avons passé à cet effet un accord avec le club de Valenciennes en Division 1 et avec le club de Compiègne en Division 2. Pour cette raison, nous avons décidé d’arrêter notre propre équipe qui jouait jusqu’ici dans le championnat de la Division 2 pour rendre notre système plus compétitif et plus avantageux financièrement. »

Elie Marcos fut sacré champion de France avec le club d’Amiens en 2004.
En attendant de faire une séparation effective entre les différentes activités du club, j’ai pu constater que le sympathique manager général des Gothiques Elie Marcos (ex-capitaine de Strasbourg pendant huit ans) est sans cesse au four et au moulin puisqu’il doit piloter en même temps l’ensemble des parties : économiques, commerciales et sportives. Bref, il doit s’occuper du fonctionnement global du club d’Amiens dont le budget s’élève à 3,1 millions d’euros ce que représentait la saison dernière la sixième masse salariale joueurs de la Ligue Magnus.
Concernant le financement, le partenariat privé représente 50 % du chiffre d’affaire, les collectivités 18 % et le cumul billetterie, bar, marchandising 32 %. Elie Marcos tient à préciser une chose également très importante : « dans notre club les actionnaires sont également tous des partenaires qui font fonctionner financièrement notre système. »
En conclusion, suite à ma visite récente très instructive dans le club d’Amiens que je n’avais pas encore évoqué dans mes tribunes, je donne « une mention bien ». Comme la saison dernière, les Gothiques vont devoir affronter à nouveau les Dragons de Rouen en quarts de finale. Pourront-ils les éliminer une fois encore ? Les paris sont ouverts !