LES BERGAMELLI : DES ARBITRES QUI S’EXILENT !
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Avant d’évoquer la situation inédite dans laquelle se trouve actuellement cette famille d’origine italienne, il faut commencer par rappeler le rôle très important qu’a joué le grand père Paul Bergamelli dans l’histoire du hockey sur glace français. En effet, cet ancien cordonnier est devenu célèbre dans notre sport en étant non seulement le chef matériel du club du Mont-Blanc sacré double champion de France en 1987 et 1988 (issu de la fusion entre Saint-Gervais et Megève), mais en exerçant aussi le poste stratégique d’intendant fédéral de toutes nos sélections nationales.
Paul Bergamelli s’occupa notamment de l’équipe de France masculine pendant plus de dix ans (entre 1988 et 1998) en formant à l’époque un tandem efficace et très apprécié avec Jean-Marie Hanocq qui officie encore aujourd’hui chez les Boxers de Bordeaux.
C’est juste avant les Jeux olympiques d’hiver de 1998 à Nagano que Paul Bergamelli, âgé de 70 ans, fut contraint de partir à la retraite car les contraintes physiques qu’exigeait son rôle de régisseur et notamment le poids du matériel de hockey devenaient désormais un peu trop épuisants. Du coup, les Tricolores, qui entretenaient avec le sympathique « Popol » une relation très affective, l’ont beaucoup regretté.
Avec sa démarche claudicante à la suite d’une blessure à un genou survenue dans sa jeunesse lors d’un match de football, Paul Bergamelli a marqué à jamais la mémoire de nos anciens internationaux. C’est surtout en raison de son dévouement et de sa très grande disponibilité à leur égard car ce véritable stakhanoviste était toujours prêt à traverser l’Europe entière au volant d’un camion Renault Trafic pour les suivre avec son matériel encombrant.

Mais Paul Bergamelli laissa aussi un grand souvenir pour ses nombreuses frasques très amusantes qui mettaient souvent de l’ambiance comme le prouve la photo ci-dessus prise lors des JO d’hiver d’Albertville en 1992 où le regretté haut-savoyard s’amusait comme un gamin avec le défenseur Jean-Philippe Lemoine.
Décédé en 2013, ce patriarche à la personnalité parfois déconcertante n’hésitait pas à appeler par téléphone ses deux chiens restés dans sa maison des Plagnes près de Saint-Gervais pour les faire aboyer dans le combiné avec la complicité de son épouse pendant les entraînements des Bleus. Bref, le regretté « Popol » a passé ensuite le relais dans le hockey sur glace français à son fils unique Jimmy Bergamelli. Ce dernier allait se faire remarquer à son tour, mais dans un registre bien différent, en devenant un arbitre de renom qui fut obligé, vu les contraintes comportementales de sa nouvelle fonction, d’avoir une plus grande rigueur et distance dans l’exercice de l’arbitrage.
JIMMY BERGAMELLI ÉLU DEUX FOIS MEILLEUR ARBITRE EN MAGNUS
C’est à l’âge de huit ans, après avoir assisté à un match à Chamonix contre le club de Tours qui fut sacré champion de France en 1980, que le jeune Jimmy Bergamelli eut une révélation et décida à se lancer dans la pratique du hockey sur glace. « Je me souviens avoir été très impressionné par le spectacle de cette rencontre explosive car l’ancien défenseur international de Tours Pascal Del Monaco était monté dans les tribunes pour aller se battre avec des supporters de Chamonix ! », dit-il.
Ayant un bon coup de patin, mais un niveau de jeu qu’il qualifie lui-même de « moyen », après avoir joué avec le club de Saint-Gervais puis celui de Megève, Jimmy Bergamelli s’est donc orienté vers l’arbitrage à l’âge de 18 ans. Un très bon choix puisqu’il allait se tailler une grande réputation en devenant d’abord arbitre national en 1993 puis au niveau international trois ans plus tard.

Elu à deux reprises meilleur arbitre de la Ligue Magnus en 2009 et en 2010 sa grande compétence dans ce rôle difficile fit l’unanimité. Après 28 ans d’exercice sifflet en main, Jimmy décida de mettre un terme à son brillant parcours de « referee » au début du mois de mai 2021. C’était à l’occasion d’un match amical que l’équipe de France disputa contre l’Italie à Megève à l’issue duquel « la légende de l’arbitrage français », comme le titra le journal local du Dauphiné Libéré, est sorti de la patinoire en fendant une haie d’honneur formée par les hockeyeurs tricolores.
Désormais, celui qui s’était illustré sur le plan international en participant au total à 26 compétitions de l’IIHF, dont un Championnat du Monde Elite U18 masculin, avait la ferme intention de rester quand même dans notre discipline pour faire partager désormais sa grande expérience avec les jeunes arbitres français.
N’ayant pas obtenu comme il le souhaitait, malgré sa grande réputation, une reconversion bénévole dans l’arbitrage au sein de la FFHG à la suite d’une incompréhension il fut contraint de ronger son frein avec une grande frustration. A tel point que lors des élections fédérales du mois de juin 2022, Jimmy Bergamelli accepta que son nom soit inscrit sur la liste d’opposition qui tenta de se présenter mais qui ne fut pas validée. Cette initiative, qui a été considérée à tort comme une insubordination, ne fut évidemment pas du goût des dirigeants en place qui le regardèrent d’un mauvais œil et lui sifflèrent un hors-jeu.
UN ENGAGEMENT PERÇU PAR ERREUR COMME POLITIQUE

« En fait, si à l’époque la FFHG m’avait proposé d’être sur sa liste unique, j’aurais également accepté avec grand plaisir pour continuer à servir l’arbitrage français, dit-il. Mais comme je n’ai pas été contacté, je me suis senti mis à l’écart et mieux apprécié à ma juste valeur par la liste concurrente qui en revanche m’a sollicité. Du coup, j’ai accepté d’y participer, mais c’était sans aucun esprit de revanche ou de rébellion. La preuve, lors des dernières élections fédérales qui ont eu lieu au mois de juin dernier, je n’ai pas accepté d’être à nouveau présent sur la liste concurrente de Jean-Luc Blache qui a été cette fois validée. Contrairement à ce qu’on croit, je ne suis pas un opposant de la fédération car moi, je ne fais pas de politique. Ce qui m’importe avant tout, c’est de pouvoir faire partager mon expérience en France. Or, c’est très frustrant de ne pas pouvoir le faire à cause de mon image déformée et c’est bien dommage. »
En attendant, Jimmy Bergamelli conserve toujours une grande notoriété dans l’arbitrage, non seulement en France, mais aussi chez ses confrères de la Suisse au point que ces derniers l’ont débauché comme on va le voir. Ces derniers l’ont même invité, fait exceptionnel, à participer à un tournoi international de hockey sur glace au mois d’avril 2025 qui était organisé dans l’un des plus grands centres commerciaux du monde à Dubaï. (Photo ci-contre)
« Ce fut un événement incroyable qui opposait des équipes étrangères formées uniquement par des expatriés, raconte Jimmy. C’était sur une patinoire olympique dont la réfrigération utilise une technologie végétale capable de maintenir une épaisseur de glace de quatre centimètres. Elle peut contenir jusqu'à 2 000 spectateurs avec des équipements très étonnants puisque pendant le match de hockey l’éclairage de la piste était uniquement assuré par des écrans géants de 20 mètres de long sur 10 mètres de large ! »
LA SUISSE EST LE NOUVEAU TERRAIN DE JEU DE JIMMY
Se sentant ostracisé dans notre pays, au mois de février 2022, Jimmy Bergamelli, qui avait toujours une très bonne forme physique à l’âge de 50 ans, décida donc d’aller proposer ses services aux dirigeants du hockey sur glace de la Suisse romande, une région francophone qui se situe tout autour du Lac Léman tout en continuant à exercer en France sa profession dans la vente de biens immobiliers.
Très bien accueilli par nos voisins helvètes, Jimmy Bergamelli a pu ainsi poursuivre sa carrière d’arbitre en commençant cette fois par le bas de l’échelle du hockey suisse avec une humilité et un plaisir qui ne se démentent pas encore aujourd’hui puisque, à l’exclusion des trois ligues professionnelles que sont la National League (NL), la Sky Swiss League (SL) et la MyHockey League (MHL), le Français entame actuellement dans les ligues amateures masculines sa cinquième saison au-delà de la frontière toute proche. En continuant à exercer son sport passion Jimmy a pu progresser régulièrement dans divers championnats suisses en disputant entre 40 et 50 matches par saison en incluant le niveau junior.
« Mon rôle en Suisse c’est de partager mon expérience ainsi que de former des jeunes arbitres sur la glace en organisant un débriefing à la fin de chaque tiers-temps », explique-t-il. Ayant retrouvé par la force des choses « son libre arbitre », le bruit strident de son sifflet continue donc de résonner régulièrement en toute discrétion de l’autre côté des montagnes du Jura et des Alpes du nord en incluant la région du Valais qui fait également partie de son rayon d’action.
LES BERGAMELLI ONT RÉUSSI LA PASSE DE TROIS !
Mais la grande originalité dans la famille des Bergamelli, c’est que ses deux fils, Enzo (24 ans) et Viny (23 ans), qui ont seulement 16 mois d’écart, ont hérité sans doute par atavisme de la même passion que leur père pour l’arbitrage. Du coup, son fils cadet Viny, à la fois arbitre professionnel et auto-entrepreneur en bâtiment, est devenu à son tour juge de ligne dans le championnat de France de la Ligue Synerglace Magnus (mais il est également plus récemment « Head ») en Division 2 et en junior depuis maintenant six saisons.
Son frère aîné Enzo, qui est développeur de sites internet, fut d’abord juge de ligne notamment lors de la finale de la Division 1 française en 2024 qui opposait Nantes et Chambéry avant de faire une pause de six mois comme GO dans un club Méditerranée en Italie. A son retour, il décida de rejoindre son père en Suisse lors de la saison dernière, toujours comme juge de ligne, mais à un niveau au-dessus de celui de son paternel.
« Avec Enzo, nous avons arbitré ensemble en Suisse à deux reprises, raconte Jimmy. Par contre, avec mon autre fils Viny, on se retrouve uniquement chaque été car avec son frère nous avons le grand plaisir de pouvoir arbitrer ensemble à l’occasion des matches de préparation des clubs dans la région de la Haute-Savoie comme Le Mont-Blanc et Chamonix. A ces occasions, pour leur faire partager mon expérience et pour qu’il y est aussi une équité parfaite, à chaque tiers-temps on change le Head. »

Jimmy Bergamelli et ses deux fils Enzo et Viny arbitrent tous les trois ensemble l’été à l’occasion des matches de préparation des clubs au pied du Mont-Blanc.
L’EXIL DE JIMMY BERGAMELLI VA-T-IL PRENDRE FIN ?
Ayant été moi-même arbitre avant de devenir journaliste spécialiste de hockey sur glace au journal L’Equipe, j’ai suivi le brillant parcours de Jimmy Bergamelli notamment dans le championnat de la Ligue Magnus jusqu’à son départ du circuit professionnel. Par ailleurs, j’ai eu aussi l’occasion de faire sa connaissance à titre privé ce qui m’a permis d’apprécier la personnalité de ce Haut-savoyard qui a certes un caractère bien trempé mais qui a toujours réagi de manière spontanée dans notre discipline avec franchise et sans réel motif partisan même si son initiative de franc-tireur et d’électron libre fut mal interprétée il y a quatre ans lors des élections fédérales.
Jimmy Bergamelli m’ayant confié que son désir était de retrouver désormais une place dans la famille du hockey français au lieu de rester un « expatrié », j’ai pris l’initiative au cours de la saison dernière de défendre personnellement sa cause à deux reprises auprès de Pierre-Yves Gerbeau.
Lors de nos entretiens le président de la FFHG m’a expliqué sans langue de bois avoir été très déçu dans un premier temps par la prise de position du célèbre arbitre après avoir pris sa retraite internationale. Mais, en tenant compte « de l’intérêt supérieur du hockey sur glace français » notamment concernant l’arbitrage qui a bien besoin de toutes les bonnes volontés, Pierre-Yves Gerbeau a accepté de se montrer désormais magnanime et indulgent en acceptant de briser la glace afin de permettre éventuellement à Jimmy Bergamelli de revenir d’une manière ou d’une autre dans le giron fédéral dans un proche avenir en lui attribuant un rôle qui reste encore à définir.
Changer d’avis n’est jamais une preuve de faiblesse, mais au contraire la démonstration d’une intelligence politique et d’une ouverture d’esprit qui ne peuvent qu’être bénéfiques à notre discipline surtout avant les grandes échéances sportives qui nous attendent ces quatre prochaines années. L’exil de Jimmy Bergamelli va-t-il prendre fin ? Affaire à suivre…